Coronavirus – Togo : des mesures encore insuffisantes, une communication approximative

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Coronavirus , covid-19

Ce n’est pas encore la panique, mais presque. Depuis l’annonce officielle ce jeudi de 8 nouveaux cas portant désormais à 9 le nombre de personnes contaminées par le COVID-19 dans notre pays, les Togolais commencent véritablement à prendre la mesure des risques d’une propagation. Et à s’en inquiéter. Pendant ce  temps, les mesures gouvernementales  restent encore en deçà de celles qui devraient être prises. Quant à la communication, elle semble n’assurer qu’un service minimum.

Le monde entier ne parle que de cela. Le coronavirus est le sujet principal des médias traditionnels et  les réseaux sociaux y consacrent désormais  l’essentiel des échanges. A raison. En effet, en trois mois, ce sont déjà près de 250.000  cas qui ont été recensés à travers le monde, plus de 10.000 morts et 179 pays touchés dont le Togo. Au cours des dernières 24 heures, 427 patients ont succombé en Italie, 169 en Espagne, 149 en Iran, 108 en France. C’est dire donc que la planète fait face à une situation extraordinairement inédite.  Aussi, davantage que les autres continents, « l’Afrique devrait se préparer au pire », pour reprendre l’alerte que lançait en début de semaine, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS),  Tedros Adhanom Ghebreyesus. Ses inquiétudes sont fondées sur des réalités alarmantes. De manière plus globale, l’Afrique abrite seulement 1,3 % des professionnels de la santé contre  25% de la charge mondiale de maladies. Dans de nombreux pays les systèmes de santé subissent déjà d’autres épidémies, dont le VIH de la tuberculose. En plus d’être très graves, ces dernières ont également le pouvoir d’exacerber la dangerosité des infections respiratoires. Par ailleurs, les capacités d’accueil des malades  y  sont également très fragiles.  Alors qu’en France ou en Italie se pose la question des places disponibles en réanimation, le Kenya ne compterait que 130 lits d’unités de soins intensifs pour  plus de 50 millions d’habitants, tandis que le Togo ne  recenserait que 4 lits dans l’unité de soins prévus pour confiner les éventuels malades, à en croire les médecins.  Ce qui fait dire au  Pr Bruce Bassett de l’Université du Cap, cité par nos confrères du site sciencepost.fr, que  l’’Afrique subsaharienne est une « bombe à retardement ».

De  fait, pour des pays comme le Togo qui n’ont pas les moyens de gérer une crise sanitaire de grande ampleur, le seul moyen de s’en sortir est d’éviter,  ou au minimum, de contenir la propagation. Or, si les décisions  diligentes prises  par le gouvernement concourent à cet objectif, elles  restent insuffisantes par rapport au défi d’une urgence absolue qui   nous  posé.

Ecoles et lieux de rassemblement encore ouverts

Une des mesures annoncée par le gouvernement est celle de l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes à partir du 22 mars. Logique puisqu’aussi bien la proximité que la promiscuité sont des facteurs favorisant la transmission. Ce qui l’est moins, est qu’il faille attendre le 22 mars pour appliquer cette interdiction alors que la décision est annoncée le 16. Ce n’est peut-être que 6 jours. Mais à l’heure des comptes, ce serait peut-être 6 jours de trop, 6 fatals jours. Encore plus incompréhensible, n’est pas annoncée concomitamment la fermeture des écoles et des universités (l’une des premières mesures prises à travers le monde), ni celle des bars, des restaurants, des boites de nuit et de tous autres lieux accueillant du public, ni encore l’interdiction des veillées funéraires par exemple  qui continuent à être organisées.

Les mesures additionnelles prises  par la Conférence des Evêques du Togo (CET) suspendant les veillées funéraires, la célébration dominicale des messes etc… (lire le communiqué)   sont de ce point de vue d’une extrême pertinence et contribuent à  lutter contre la propagation. Les autres confessions religieuses ont depuis annoncé des dispositions similaires.

Confinement hasardeux          

Le gouvernement a par ailleurs suspendu à compter du  20 mars et pour une durée de deux semaines (délai susceptible de rallongement en fonction de la situation sanitaire), les vols en provenance des pays à haut risque. Là encore, le délai de 4 jours entre la décision et sa mise en application laisse une marge trop importante à la possibilité d’arrivée sur notre sol de personnes contaminées. L’interdiction de ces vols aurait dû être immédiate et associée à un contrôle strict aux frontières terrestres et maritimes, à défaut de fermer totalement et sans délai l’aéroport ainsi que tous les autres accès à notre pays. Certes, il est important de laisser un minimum d’activités économiques continuer et éviter de créer une psychose. Cette position est cependant davantage tenable dans des pays qui ont une certaine capacité à faire face à une propagation et à gérer une crise sanitaire d’ampleur. Ce qui n’est pas notre cas ; c’est un fait, une réalité.

Au surplus, le « confinement à domicile » mis en place pour les personnes arrivant de pays à risque est du point de vue de plusieurs médecins, d’une efficacité quasi nulle. En effet, parier sur l’autodiscipline de ces personnes, qui plus est dans un contexte social où le mode de vie induit nécessairement des contacts avec autrui, est tout à fait hasardeux. Certaines d’entre-elles ne respectent d’ailleurs pas les obligations de confinement. «  J’ai croisé un ami hier rentré mardi de France en train de siroter tranquillement son bourbon en ville » nous confirme ce consultant en banque/finances. Pour rendre moins aléatoire le gain attendu du confinement, il aurait été sans doute plus astreignant, mais certainement plus efficace de regrouper ces arrivants sur des sites précis : maison du Hadj, site Togo 2000, tente du 2 Février etc…

Ministre fantôme

Face à cette inquiétante pandémie, la communication officielle ne saurait être réduite à quelques capsules sur les réseaux sociaux, à de simples communiqués laconiques  ou encore à des passages éclairs sur la télévision nationale du Ministre de la Santé dont on dirait qu’il traîne les pieds à y venir. A l’instar des autres gouvernements dans le monde, le nôtre doit communiquer de façon systématique, massive et permanente. Il doit utiliser tous les supports pour sensibiliser l’opinion sur les bonnes pratiques  et informer régulièrement les citoyens sur la pandémie. Le rôle d’un Ministre de la Santé dans un tel contexte ne saurait se limiter au décompte du nombre de cas recensés. Ses collègues et lui doivent être beaucoup plus présents auprès des acteurs de la Santé et sur le terrain. Mais également sur les médias. Ceux-ci à l’instar de beaucoup d’autres couches socioprofessionnelles, ont démontré leur disponibilité à participer  à cet effort commun pour éviter la propagation. Au sein des rédactions ou à travers leurs organisations professionnelles, les journalistes  et les professionnels de la communication ont mis en œuvre  d’utiles initiatives de sensibilisation, gratuitement et bénévolement.

 

Il appartient aux autorités d’exploiter cette dynamique pour mieux communiquer avec les Togolais, en manque d’informations  et de paroles officielles.   «  En tant que citoyens, nous avons le droit d’être exigeants vis-à-vis de nos dirigeants en réclamant la meilleure protection possible mais également des informations régulières » indique cette femme, cadre à l’Office Togolais des Recettes ( OTR). Et de se plaindre : «  nous avons le  l’impression d’être abandonnés ». Le défi qui est posé est celui de notre survie commune et de l’unité nationale, par de-là les divisions que la séquence politique et républicaine nous a imposées un mois plutôt. Il appartient au gouvernement de prendre ses responsabilité et de montrer aux Togolais qu’ils peuvent lui faire confiance face à la situation.

 

 

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