Des acteurs de l’Education nationale répondent à Mme Maryse Quashie

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Dans l’article intitulé « Appel à l’aide au secours, venez à l’aide de notre système scolaire », paru dans le quotidien privé togolais LIBERTE N°3631 du mercredi 8 juin 2022, Madame Maryse QUASHIE fait le procès du système éducatif et se lamente de voir l’année scolaire aboutir aux examens de fin d’année.

Ancienne enseignante chercheure à l’Université de Lomé, dans une hérésie affolante, elle y dresse un sévère réquisitoire contre le système de gouvernance du secteur de l’éducation, qu’elle qualifie de « totalitaire». Bien plus, elle prétend que les conditions dans lesquelles sont organisés les examens de l’année 2021-2022 ne sont pas acceptables, qu’aucune mesure n’a été prise pour gérer la crise sanitaire dans le secteur de l’éducation, que les élèves sont soumis à un rythme intense de travail, que des atteintes ont été portées au droit de grève dans le pays, que des enseignants font l’objet d’intimidations et que les autorités usent d’un style dirigiste et totalitaire.

On reconnait à cette dame, enseignante-chercheure, des compétences intellectuelles avérées qui ont pu charmer des étudiants dans les salles de cours de l’Institut National des Sciences de l’Education. Reconnue également dans le monde des « Femmes leaders», elle forçait l’admiration chez les femmes acquises à la cause du développement du pays.

Et si Madame QUASHIE gagnait toute cette estime, c’est surtout en raison du rôle qu’elle était amenée à jouer au sein du système éducatif au titre de ses charges à l’Université. Aujourd’hui, elle crache dans la soupe qu’elle a aidé à préparer et dont elle s’est nourrie car ce système éducatif lui a fourni son gagne-pain durant toute sa carrière professionnelle jusqu’à la retraite.

Son récent article paru dans LIBERTE est de nature à faire douter de sa philosophie éducative, qui crée un écart curieux avec les aspirations des acteurs de l’éducation au Togo. Elle tire à boulets rouges sur l’éducation au Togo qui démérite désormais à ses yeux et elle attaque le sommet stratégique sur plusieurs plans. Quelle peut être la raison de cet acharnement soudain lorsqu’on sait que Madame QUASHIE a été au cœur de l’appareil éducatif de l’Université de Lomé pour avoir occupé jusqu’à sa retraite, le poste de Responsable de la Commission LMD dont elle peut garder aussi beaucoup de critiques ?

Sur le point relatif aux conditions d’organisation des examens nationaux, nous voudrions prendre à témoin l’opinion courante pour faire comprendre à l’aimable public togolais que l’évaluation est l’ultime étape de l’acte pédagogique. Elle ne saurait être supprimée pour quelque raison partisane que ce soit.

 

Nous sommes aujourd’hui à l’ère de l’économie de l’éducation. Par conséquent, l’Etat ayant investi des milliards de francs dans ce secteur de base, attend des résultats. Si les statistiques des résultats des différents examens sont bonnes, c’est un honneur pour tout le pays. L’intervention de la « femme universitaire, de l’intellectuelle engagée » relève d’une époque surannée où des citoyens étaient tentés de scier la branche sur laquelle ils étaient assis. En d’autres termes, ils prennent envie de marcher à quatre pattes en lisant un tel article vide de sens réel et truffé de contresens.

En période de crise, chaque peuple s’unit derrière ses dirigeants pour relever les défis. C’est ce que nous enseignent les sciences politiques des grandes nations du monde, fussent-elles de l’antiquité ou de l’époque moderne. Pourquoi au Togo, continuons-nous de perpétuer cette habitude de toujours désavouer nos dirigeants au lieu d’apporter notre pierre à l’édifice national ?

On se rappelle que des délégations de la famille politique de l’auteure s’étaient rendues en Occident pour réclamer des sanctions économiques contre le peuple togolais dont on prétend défendre l’amélioration des conditions de vie. On se rappelle que des citoyens guidés par l’intérêt personnel allaient dans les chancelleries organiser des tragicomédies selon lesquelles ils étaient persécutés afin qu’un asile politique leur soit accordé. Aujourd’hui, ils sont rattrapés par l’histoire. L’auteure de cet article aurait pu tirer leçon des errements du passé.

Cet article, qui noircit le système éducatif togolais au lieu de soutenir les efforts consentis surtout ces dernières années pour l’améliorer, s’inscrit toujours dans cette logique qui avait prévalu dans les années 1990 où des gens de mauvaise foi allaient ternir l’image de notre nation dans leur posture d’oiseaux de mauvais augure. Heureusement que les dirigeants d’alors étaient restés très vigilants.

Et puisqu’il faut citer de grands auteurs pour se faire entendre, nous préférons commencer par Edem KODJO, plus proche de nous, qui, dans son chef-d’œuvre intitulé Et demain l’Afrique, écrit : « L’histoire des faits économiques et sociaux prouve que les peuples, unis sous la direction des responsables clairvoyants, sont promis à de brillantes réalisations tandis que les nations déchirées par de multiples intérêts partisans sont inéluctablement entraînées vers  la déchéance».

Au deuxième point, les innocents apprenants qui ont reçu leur délivrance, à travers l’organisation de ces différentes évaluations, sont malheureusement désignés dans l’article par pauvres élèves. Rien de plus aveuglant et de plus illogique que cette conception dédaigneuse des personnages principaux de l’acte pédagogique. Est-il inutile de rappeler que le brillant passage de l’ancien diplomate ghanéen à la tête des Nations-Unies avait porté des fruits délicieux au bénéfice de nos apprenants ?

En effet, dans la préface qu’il a consacrée à un des rapports de l’UNICEF intitulé « La situation des enfants dans le monde 2002 », Kofi ANNAN interpellait déjà les dirigeants du monde sur la nécessité de défendre les droits des enfants : « Y a-t-il de devoir plus sacré que celui qui nous voue à défendre les droits des enfants avec autant de vigilance que nous défendons les droits des autres personnes ? A quoi reconnaîtra-t-on les talents de nos dirigeants si ce n’est à notre capacité à veiller à ce que tous les enfants puissent se prévaloir de ces libertés, dans tous les pays sans exception ? »

Parmi les droits défendus par l’ancien Secrétaire Général des Nations-Unies, figure le droit des filles et des garçons à l’éducation.

Quelques années plus tard, ces cris lancés dans un cadre spatiotemporel favorable aboutiront à l’adoption de 17 objectifs de développement durable, parmi lesquels l’ODD 4 relatif à l’éducation et dont l’évaluation est attendue en 2030.

Comment ne pas chercher à atteindre ce noble objectif et ces cibles qui entrent dans l’intérêt de nos apprenants ? Pourquoi souhaiter une année blanche dès lors que les autorités togolaises, avec l’accompagnement des partenaires techniques et financiers, ont élaboré une stratégie pédagogique anti-covid qui a été d’un grand secours pour assurer la continuité pédagogique ?

Les efforts de régulation pédagogique ont ainsi été efficaces et ont permis d’achever l’année scolaire 2021-2022 dans de bonnes conditions : les révisions curriculaires qui ont abouti à la mise en place des cours harmonisés, la suppression des modules de formation jugés anachroniques, la généralisation de l’approche par compétences, l’évaluation du Plan national de développement (PND), la révision du Plan sectoriel de l’éducation et de la Stratégie nationale de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle sont désormais adaptées à l’ODD4. L’extension de la gratuité de la formation aux établissements secondaires a été un acte salué par toute la communauté éducative du pays, et répond bien à la cible 4.3 de l’ODD 4 et au projet 9 de la feuille de route gouvernementale relatifs à l’accès.

L’adoption d’une politique nationale des TICE pour rendre résilient notre système éducatif, notamment à travers l’organisation de la FOAD (formation ouverte à distance) est une option qui vient digitaliser et moderniser l’acte pédagogique. Quoi de plus normal que d’encourager le gouvernement dans les efforts faits ? A bien des égards, les élèves ont été plutôt enrichis par le mécanisme de régulation pédagogique mis en place par le gouvernement durant la crise sanitaire.

Nous abordons le troisième point relatif au prétendu refus du «droit de grève» et d’amélioration des conditions des enseignants. Il est vrai que le droit de grève est constitutionnel et nul ne saurait le refuser aux travailleurs. Toutefois, la grève a des exigences qu’il faut observer, notamment le délai de préavis et le libre choix que les autres travailleurs font de l’observer ou de ne pas l’observer. C’est un basique de l’exercice des libertés fondamentales qui ne devrait pas normalement échapper à notre chère universitaire intellectuelle, sauf amnésie simulée ou pure hypocrisie.

La satisfaction des diverses revendications des travailleurs devra être programmée selon les possibilités budgétaires dont dispose le gouvernement, dans un contexte de crise internationale. Curieusement, la célèbre enseignante-chercheure se fourvoie royalement dans son analyse, ce que nous lui concédons volontiers car un supporter de foot ne saurait être entraîneur.

Par ailleurs, l’accord signé par les syndicats d’enseignants avec le gouvernement et qui fait obligation au secteur éducatif de ne pas se mettre en grève pour une période négociée de cinq ans n’est qu’une forme de trêve sociale pour permettre à l’Etat togolais de reconstituer son trésor public, en vue d’un lendemain meilleur. C’est le même mécanisme que le philosophe Jean-Jacques ROUSSEAU a proposé au gouvernement français au Siècle des Lumières et qui est intitulé le Contrat social où les individualités sont censées laisser place aux intérêts communs. Le Togo n’a pas inventé ce principe et l’auteure de cet article est mieux placée pour l’expliquer au public togolais.

Enfin, la femme intellectuelle redoute que le totalitarisme ne s’empare du système éducatif. On comprend bien les mobiles de l’auteure qui, après chaque paragraphe, lance un cri d’alarme dans cet article devenu une prose poétique sarcastique non moins pathétique. Cependant, devant l’intérêt général, celui partisan doit passer au second plan. S’il est vrai que l’amélioration des conditions matérielles rend l’individu heureux, il est aussi à craindre que cela ne se fasse au détriment de l’ensemble. Voilà bien les leçons que nous laisse ROUSSEAU dans son Contrat social.

Au-delà de toutes ces considérations qui paraissent fonder l’inquiétude de l’auteure, il est à relever que les portes des autorités de l’éducation ne semblent pas closes. Certes, l’angoisse dont est porteur le leitmotiv de l’article paraît si profonde qu’elle intrigue les innocents lecteurs à une première lecture de surface. Cependant, une lecture avec les yeux d’esprit révèle qu’il y a toujours de l’espoir pour que la Femme intellectuelle emprunte la voie du dialogue avec le Manager au sommet stratégique qui, il n’y a pas longtemps, était son collègue d’université.

Tout en reconnaissant que c’est avec les idées qu’on construit un pays, il faudra faire en sorte qu’elles soient pertinentes. De nos jours, les critiques de contestation sans aucun fondement qui prévalaient au Siècle des Lumières, caractérisé par l’agitation sociale, ont désormais laissé place aux analyses d’accompagnement.

Et c’est cette option qui a été celle de nos partenaires techniques et financiers, qui, dans un processus de régulation, ont aidé notre pays à asseoir avec succès une stratégie anti-covid qui porte déjà ses fruits au grand bonheur des parents. Dès lors, les contenus de l’article ne sauraient être pris pour absolus sur ce ton singulier de fustigation.

L’étonnement est encore plus grand lorsqu’elle dresse un bilan catastrophique du système LMD alors que c’est son propre bilan. La nouvelle équipe dirigeante est à pied d’œuvre pour essayer de rattraper les faiblesses de ce système qu’elle a imposé de manière aveugle et irréaliste. Qu’elle ait au moins l’honnêteté et la responsabilité -des valeurs qui font les grands hommes- de l’assumer.

Somme toute, admettons à l’instar de Pierre-Henri SIMON que l’angoisse est le sentiment d’un être qui n’est pas seulement mortel, mais qui sait qu’il l’est, et qui n’est pas seulement malheureux, mais qui réfléchit sur la nature de son malheur.

C’est le cas de notre auteure qui cherche à émouvoir le public. Il est possible de lui reconnaitre des circonstances atténuantes, si elle nous révélait plutôt la cause de cette haine lâche et ce mal-être intérieur qui doit la ronger car il faut en avoir dans le ventre pour sortir une telle tribune à tout le moins insultante. En croyant s’attaquer à la personne de la figure éducative du Togo, elle s’en prend maladroitement à tous les acteurs du système éducatif.

Cela nous permet de donner raison à Bernard le Bovier de FONTENELLE dans l’Histoire des oracles : « Assurons-nous bien du fait, avant de nous inquiéter de la cause. Il est vrai que cette méthode est bien lente pour la plupart des gens qui courent naturellement à la cause, et passent par-dessus la vérité du fait ; mais enfin nous éviterons le ridicule d’avoir trouvé la cause de ce qui n’est point.»

Au surplus, une analyse d’une scientifique vide de preuves, de statistiques, de données fiables et de ce que les anglais appellent « evidences » est d’une infamie sans nom. Un conseil, chère madame, allez à l’école de la gouvernance, cela vous affranchira de telles inepties à l’avenir.

Ont signé :

EZIH Kokou, Doyen de l’Inspection générale de l’éducation (IGE) ;

TCHALEDJI Ourognaou, Directeur régional de l’éducation Savanes ;

GNONEGUE Kodjo, Directeur régional de l’éducation Kara ;

GADEWA Mawouna, Directeur régional de l’éducation Centrale ;

CISSE Abdou Razak, Directeur régional de l’éducation Plateaux-Est ;

ALPHA KAO Mollah, Directeur régional de l’éducation Plateaux-Ouest ;

GBEGBE Adjoa Nono, Directrice régionale de l’éducation Maritime :

SABAH Degboe Agbeko, Directeur régional de l’éducation Grand-Lomé ;

TANANG Paka, Président de la Conférence des directeurs des Ecoles Normales d’Instituteurs (ENI).