Edito : L’hystérisant débat sur le CFA

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Jean-Paul AGBOH président du CONAPP

Par Kokouvi Ekpé AGBOH AHOUELETE

Depuis deux à trois ans, la question du FCFA s’est imposée comme l’un des sujets phares du débat public en Afrique. Aujourd’hui plus qu’avant, cette monnaie déchaîne les passions et mobilise bon nombre d’Africains autour du combat pour son abandon, même si elle a, quoique visiblement minoritaires, ses partisans. Il ne s’agit pas ici d’évoquer les arguments convaincants qu’avancent ses adversaires, qu’incarnent notre compatriote Kako Nubukpo, désigné avant-hier coordonnateur des états généraux du FCFA au cours d’un forum sur le sujet tenu à Bamako, ou encore le Béninois Kémi Séba, devenus tous les deux les icônes du combat pour la suppression de cette monnaie. Ni ceux de ses soutiens, dont le plus emblématique est le président ivoirien Alassane Ouattara, qui avait voulu et obtenu « la tête » de l’ancien ministre de la Prospective à cause de ses positions sur le sujet, selon les confidences de ce dernier.

Il est simplement question de constater qu’au minimum, cette monnaie n’est pas l’expression étouffante de souveraineté ni d’indépendance pour les Etats qui l’utilisent, alors que traditionnellement, elle en est l’un des symboles. Au surplus, même si cela fait débat, il est difficilement soutenable qu’elle ait garanti ou contribué au développement économique endogène de sa zone ; les chiffres et faits sur le sujet, étant têtus. De fait, ne pas poser la question de sa réforme et de son abandon relèverait d’un silence coupable, et d’une incompréhensible censure.
A partir du moment où tous les spécialistes de la monnaie reconnaissent qu’il y a « un malaise CFA », l’on ne saurait faire l’économie d’une réflexion prospective. Mais elle doit se faire dans un cadre et un contexte moins hystériques, où les profanes doivent savoir rester à leur place, parce que le sujet quoique passionnant, reste éminemment technique. L’une des faiblesses du débat actuel est que s’y invitent tout et n’importe-qui, des spécialistes auto-proclamés se le disputant aux imposteurs les plus téméraires. La récupération politique de certains, dont des hommes politiques italiens qui essaient de convaincre leurs compatriotes que « la horde d’immigrés » débarquant sur leurs côtes est la conséquence du FCFA alors que dans le top 5 des immigrés arrivant en Europe, aucun n’est issu de la zone CFA, n’aide pas non plus à un débat serein. Pas plus que les lectures caricaturales de la situation ni les raccourcis faciles.
En toute hypothèse, il serait illusoire de considérer le FCFA comme la principale cause du retard accumulé par les pays qui l’utilisent ; la Guinée par exemple avec sa propre monnaie, ne réalise pas pour autant de meilleures performances que les pays de la zone. Il nous semble qu’avant toutes choses, les Etats ayant en partage le FCFA, voulant y rester ou désirant à terme en sortir, devraient poser les bases de la bonne gouvernance, d’une gestion saine ainsi que d’une utilisation régulière des deniers publics. Ils doivent mettre en œuvre des projets structurants, prenant en compte prioritairement les besoins de leurs populations.
A défaut, FCFA, Mark togolais, dollar malien ou yuan béninois, nos pays resteront au même niveau de développement ; que dis-je, de sous-développement.

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