Entreprises publiques: encore une baisse des dividendes versés à l’Etat en 2021

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Les résultats d’exploitation des activités principales des sociétés d’État connaissent une baisse depuis 2019. En effet, les dividendes encaissés par l’Etat togolais ont connu une baisse de plus de 22,6% en 2021 malgré une hausse de 11,5% (167 milliards) des chiffres d’affaires générés par 11 des 16 sociétés dont il détient encore seul, le capital. En effet, l’Etat n’a encaissé au cours de l’année 2021 au titre de l’ensemble de ses participations financières que 14,7 milliards FCFA contre un encaissement de 18,9 milliards en 2020 et 25,5 milliards en 2019. Face à cette performance modeste des sociétés d’Etat, le gouvernement annonce dans son document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2023-2025 des audits et la signature des contrats de performance.

Les sociétés aux mains de l’Etat

Les entreprises publiques sont, au sens de la loi n° 90-26 du 4 décembre 1990, portant réforme du cadre institutionnel et juridique des entreprises publiques, constituées des sociétés d’Etat et des sociétés d’économie mixte.

A fin 2021, les statistiques du ministère de l’économie et des finances indiquaient que le portefeuille de l’Etat togolais est constitué de cinquante (50) entités, dont seize (16) sociétés d’Etat, sept (7) sociétés d’économie mixte ; et vingt-sept (27) sociétés à participation minoritaire de l’Etat. Parmi ces sociétés dont les capitaux sont détenus par l’Etat figurent le port autonome de Lomé (PAL), poumon de l’économie nationale et la Société Nouvelle des Phosphates du Togo (SNPT) dont les opérations sont classées parmi les premières sources de devises de l’Etat.

Il en est de même pour l’hôtel Kara, Roc Hôtel et l’hôtel Sarakawa. L’Etat a aussi le contrôle des actions de la Compagnie Electrique du Togo (CEET) et celles de la Société Togolaise des Eaux (TdE).

Dans le secteur bancaire, l’Etat détient toujours 100% du capital de l’Union Togolaise de Banque (UTB).

L’Etat détient aussi le total du capital de Togo Invest, une holding dont la mission est de conduire le développement et la mise en œuvre d’investissements stratégiques par et pour l’Etat afin de créer de la valeur pour l’économie togolaise et ses populations.

Une hausse de chiffre d’affaires

D’après le Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2023-2025 examiné par l’Assemblée nationale en juin dernier, la capitalisation des entreprises publiques répertoriées à fin 2021 ressort à 85,6 milliards dont 71,9 milliards pour les sociétés d’Etat et 13,7 milliards pour les sociétés d’économie mixte. La quote-part de l’Etat dans cette capitalisation est de 83,3 milliards.

Les capitaux propres sont de même passés respectivement de 115,4 milliards à fin 2019 à 115,5 milliards en 2020 puis à 115,8 milliards en 2021, soit une hausse légère de 0,3% sur la période.

Quant   au total bilan, il a connu une importante hausse sur la période, passant de 307,1 milliards en 2019 à 568,3 milliards en 2020 puis à 674,2 milliards en 2021, soit un taux d’accroissement de 142,5% entre 2019 et 2021 et une progression moyenne de 61,7% sur les trois (03) années.

S’agissant du chiffre d’affaires global des onze (11) sociétés d’Etat évalué dans le DPBEP, en 2019 leur chiffre d’affaires s’élevait à 146,3 milliards. Ce chiffre s’est accru de 2,4% pour s’établir à 149,8 milliards en 2020. A fin 2021, il est évalué à 167 milliards soit une hausse de 11,5% par rapport à 2020.

En termes de valeur ajoutée, la richesse brute créée par les sociétés d’Etat ressortait à 76,3 milliards FCFA à fin décembre 2021 contre 65,6 milliards  FCFA en 2020, soit une performance de 10,3 milliards.

L’UTB, le PAL et la LONATO, les trois top performers

L’Union Togolaise de Banque (UTB), le Port Autonome de Lomé (PAL) et la Loterie nationale togolaise (LONATO), s’illustrent comme les sociétés d’Etat affichant sur les trois dernières, les meilleures performances en termes de hausse de chiffres d’affaires et de valeur ajoutée.

De fait, la hausse des chiffres d’affaires enregistrée en 2021 par l’Etat togolais a été propulsée par les performances de l’UTB, du PAL et de la LONATO qui passent respectivement de 17,9 milliards à 22,8 milliards et de 30,8 milliards à 34,9 milliards puis de 87,8 milliards à 96,6 milliards entre 2020 et 2021. En 2019, le chiffre d’affaires était également porté par les trois sociétés avec des niveaux respectifs de 19,3 milliards, 30,2 milliards et 83,4, soit un cumul de 132,9 milliards représentant 90,8% du chiffre d’affaires global.

Par contre, la valeur ajoutée de 76,3 milliards en 2021, était soutenue par l’UTB et le PAL pour des valeurs respectives de 14,8 et 26,6 milliards pour des performances respectives de 40,4% et 29,7% entre 2020 et 2021.

Une tendance baissière des résultats d’exploitation, net et des dividendes

Malgré une hausse des chiffres d’affaires et de la valeur ajoutée, les résultats d’exploitation ou résultats issu des activités principales des sociétés d’État ont connu une baisse depuis 2019. Ce résultat d’exploitation est passé de 35,1 milliards en 2019 à 27,8 milliards en 2020 puis à 28,2 milliards à fin 2021. Entre 2019 et 2020, il ressort ainsi une baisse de 20,8%. Cette chute est induite d’après le ministère de l’économie et des finances par la contreperformance enregistrée par l’UTB.

En effet la banque a enregistré une baisse de 10,2 milliards.

« Cette contreperformance est également observée en 2021 et se traduit par le niveau presque stable du résultat d’exploitation entre 2020 et 2021. Sur toute la période, il ressort donc une tendance baissière du résultat d’exploitation due à la baisse de 95,9% au niveau de l’UTB et de 14,4% au niveau du PAL », précise le document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2023-2025 du gouvernement.

Au niveau de la performance opérationnelle, le résultat net cumulé est évalué à 26,1 milliards en 2019, 16,6 milliards en 2020 et 14,5 milliards en 2021, soit une baisse de 44,4% entre 2019 et 2021. Cette tendance baissière du résultat net s’explique essentiellement par les contreperformances enregistrées au niveau de l’UTB dont la baisse du résultat net représente 94,1% entre 2019 et 2021.

Ainsi, en termes de dividendes, l’Etat a encaissé au titre de l’ensemble de ses participations financières, environ 14,7 milliards pour le compte de l’exercice 2021 contre 18,9 milliards en 2020, soit une baisse de 22,6%. En 2019, le montant des dividendes s’élevait à 25,5 milliards. Il est ainsi observé sur la période, une tendance baissière des dividendes encaissés par l’Etat de 42,3%.

Des audits annoncés

Pour cette année 2022, l’Etat espère obtenir un résultat net positif de 18,1 milliards contre 14,5 milliards enregistrer à fin 2021.

« En termes de perspectives, l’estimation à fin décembre 2022 de la situation financière des entreprises publiques dégage un résultat net positif de 18,1 milliards FCFA. Pour les projections sur la période 2023-2025, elles dégagent également des résultats nets positifs respectivement de 23,1 milliards, 24,3 milliards et 26 milliards, soit une croissance moyenne de 6,1% », prévoit le ministère l’économie et des finances.

Pour réaliser ces performances, le ministre de l’économie et des finances Sani Yaya, a lancé un processus de recrutement de cabinets afin de réaliser l’audit de certaines sociétés d’Etat. La Togolaise des Eaux (TdE), la Société de Patrimoine Eau et Assainissement en milieu urbain et semi-urbain (SP-Eau), la Loterie nationale togolaise (LONATO), l’Office de développement et d’exploitation des forêts (ODEF) et la Société des Postes du Togo (SPT) sont les 5 entreprises qui seront prioritairement concernées par cet audit.

Il aussi annoncé la signature des contrats de performances avec les autres sociétés d’Etat. Ces mesures devront permettre d’améliorer les performances de ces sociétés et réduire par la même occasion, le risque qu’elles pourraient représenter pour l’Etat.