Interview Exclusive : Razaki Babatunde, DG de l’imprimerie Tunde accusé de fraudes par Agbéyomé Kodjo

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Le candidat de la Dynamique Mgr Kpodzro, Agbéyomé Kodjo arrivé deuxième avec 19,45% du scrutin du 22 février dernier, continue à en contester les résultats. Dénonçant des opérations de fraudes, il accuse notamment l’imprimerie béninoise Tundé d’y avoir largement contribué, en imprimant des bulletins pré votés à l’avantage du vainqueur, Faure Gnassingbé. Dans cette interview exclusive accordée à Focus Infos, son directeur général M. Razaki Olofindji Babatunde qualifie ces accusations d’allégations mensongères.

Focus Infos : Vous êtes accusé par le candidat malheureux à l’élection présidentielle togolaise du 22 février dernier d’avoir participé à ce qu’il appelle une « opération de fraudes électorales», en imprimant des bulletins pré votés en faveur du président sortant, Faure Gnassingbé. Que répondez- vous à ces accusations ?

Razaki Olofindji Babatunde : Ce sont des allégations mensongères, sans preuves. M. Agbéyomé Kodjo avait soutenu au départ qu’il y aurait des surplus de bulletins. Il devrait mieux se renseigner. Dans l’établissement de bulletins de vote, le bon de commande oblige à une numérotation précise à votre charge, du premier jusqu’au dernier numéro, que vous ne pourriez dépasser. Nous étions 250 personnes à travailler pendant 15 jours sous le contrôle des éléments dépêchés par l’état-major béninois, qui ont escorté le convoi des bulletins jusqu’à la frontière pour une livraison unique. Cette sécurité maximum ne saurait donc autoriser les irrégularités qu’il décrit. Comme il a compris que cette première accusation n’était pas tenable, il a ensuite évoqué des bulletins pré estampillés.

Celle-ci est également sans fondements car encore une fois, nous travaillions en équipe et sous bonne garde. Surtout, une fois les bulletins imprimés, les membres de bureaux de vote y mettent des hologrammes le jour du vote pour les authentifier. Comment alors des bulletins pré votés pourraient passer ce contrôle et recevoir ces hologrammes sans attirer l’attention des membres des bureaux de vote ? Au cas où M. Agbéyomé Kodjo ne le saurait pas, nous ne disposons pas en imprimerie ni de ces hologrammes ni de cachet pour estampiller. C’est donc encore une fois, des accusations mensongères.

« Je suis un homme intègre et dirigeant de la seule imprimerie africaine entrant en bourse »

L’imprimerie Tundé fournit des bulletins sécurisés, avec des signes non visibles à l’œil nu. Au demeurant, pourquoi ne pas avoir alerté sans délai les autorités et l’opinion publique de l’existence de ces prétendus bulletins pré votés dans notre imprimerie et d’une opération de fraudes en perspective, réalisé un constat d’huissier quand cela aurait été découvert, et avoir attendu les résultats ?

M. Agbéyomé Kodjo a par ailleurs parlé de procès-verbaux pré imprimés par nos soins. Qu’il aille faire mieux ses investigations : nous n’avons jamais imprimé de procès-verbaux dans l’histoire de la CENI. Il soutient avoir été élu avec 61% des suffrages exprimés. Cela sous –entend qu’il a été élu par de bons bulletins non pré estampillés et sans fraudes.

Pourquoi s’occupe –t-il donc des 39% de ses adversaires ? Ou il prend acte des 19,45% et continue à soutenir qu’il y a fraudes et dans ce cas le démontre en apportant les preuves, ou il revendique 61% avec les bons numéros, les bons bulletins et les bons procès-verbaux, et ne s’occupe donc pas de la fraude des autres. Dans tous les cas, il doit arrêter ces accusations contradictoires.

FI : Des vidéos ont pourtant circulé sur les réseaux sociaux montrant des bulletins pré votés… Comment expliquez-vous ces images ?

R.O.B : Avec les nouvelles technologies, il est simple de vous faire avaler des choses par des images trafiquées ou montées. Il suffit par exemple de prendre de vrais bulletins, de les estampiller, de les scanner avec une bonne résolution, puis de les imprimer avant de les agrafer. Sauf que les bulletins que j’ai imprimés pour ma part, disposent de signes non visibles à l’œil nu et que je peux fournir le cas échéant. Sur la vidéo que vous évoquez, les plans sont fixes et ne permettent pas de tirer une quelconque conclusion. L’encre qui y est visible n’est pas celle utilisée en imprimerie.

De plus, les bulletins sont en carnet avec des couvertures destinées en réalité à la CENI. Après le vote, le reste des bulletins et les souches lui sont retournés. D’où sortent donc les carnets ?
C’est la 22è fois que je réalise cette prestation à travers l’Afrique où j’ai gagné des marchés face à des concurrents venus par exemple de Dubaï. Je ne peux mettre en danger ma crédibilité avec de telles opérations.

FI : Avez- vous un quelconque lien, personnel, familial ou d’intérêt avec le président togolais ou son entourage ?

R.O.B : Je ne le connais pas personnellement sinon à la télévision. J’ai été invité une fois à Accra lors de l’investiture de l’ancien président John Atta Mills qui s’intéressait à mes investissements dans la riziculture dans son pays. J’étais assis pas loin de chefs d’Etat dont Abdoulaye Wade, Blaise Compaoré, Yayi Boni et Faure Gnassingbé. C’est la première et dernière fois que je le voyais de si près. Je n’ai jamais mis les pieds à la présidence togolaise.

Il a été dit que c’est l’ancien président Yayi Boni qui nous aurait mis en contact. Ce qui est faux. Quand j’ai répondu à mon premier appel d’offres, ce fut à l’époque de feu Gnassingbé Eyadéma. Qui, lors d’une réunion des Chefs d’Etat à Dakar, s’était renseigné auprès de son homologue Matthieu Kérékou sur mes capacités à assumer une telle prestation.

Il a été aussi question d’un informaticien béninois que je ne connais, ni d’Adam ni d’Eve. Retenez que l’imprimerie Tundé est la seule sélectionnée par la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) d’Abidjan dans les 8 pays de l’UEMOA pour entrer en bourse et ceci après moult enquêtes. Elle est également la seule en Afrique qui va conquérir des marchés hors de sa zone géographique. Il y a donc des aventures qu’on ne peut se permettre.

FI : Dans quelles conditions avez-vous obtenu le marché d’impression des bulletins de vote au Togo ?

R.O.B : Malgré le fait que les CENI peuvent attribuer ce genre de marché de gré à gré parce que sensibles, nous l’avons obtenu par appel d’offres. Nous avions déjà imprimé les bulletins des élections législatives de 2018 et les communales de 2019. Au Bénin, nous avons toujours assuré l’impression des bulletins de vote, sans polémiques.

Vous savez, avant moi le Togo avait connu des expériences malheureuses avec d’autres imprimeries. Depuis, tout se passe dans les règles de l’art et mes prestations se font après appel d’offres. Outre l’impression des bulletins de vote pour 22 élections sur le continent, je suis par ailleurs le seul à pouvoir imprimer des timbres fiscaux dans les 8 pays de l’Afrique de l’Ouest. Notre avantage, c’est notre sérieux et la qualité de notre travail. Je suis un homme intègre.

FI : Monsieur Agbéyomé Kodjo vous menace de poursuites judiciaires. Etes- vous prêt à y répondre?

R.O.B : Je n’ai pas voulu lui répondre sur les médias aux premières heures de ses accusations. Car lui est du monde politique et moi dans les affaires. Cependant, je suis serein et prêt à répondre partout où je serai convoqué.

FI : Envisagez- vous pour votre part, des actions judiciaires contre votre accusateur ?

R.O.B : Je verrais avec mon avocat puisque ces accusations relèvent de la pure diffamation. L’avenir nous le dira.

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