La recherche au cœur des ambitions du développement agricole au Togo

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Yawo Lombo, DG de l’ITRA

L’agriculture occupe une place de choix dans le développement socio-économique du Togo. Elle est inscrite à l’axe 2 du Plan National du Développement (PND) 2018-2022, et son essor devra constituer un véritable moteur de croissance et de création d’emplois. Dans la même dynamique, à l’horizon 2025, le Togo ambitionne en lien avec la feuille de route gouvernementale, d’augmenter la productivité agricole de 8 à 10%. Pour relever ces challenges,  la recherche agricole occupe une place de choix avec pour cheville ouvrière,  l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA).

Un levier de développement du secteur agricole  

Dans de nombreux secteurs, l’innovation est étroitement associée aux activités scientifiques et techniques, constituant une concrétisation attendue des investissements consentis en recherche et développement. L’agriculture togolaise n’échappe pas à cette lecture. De fait, la recherche agricole constitue la pierre angulaire de l’essor de ce secteur qui emploie plus de 70% de la population.

« Vous savez que sans recherche on ne peut pas générer des technologies, on ne peut pas créer des variétés, on ne peut pas  améliorer les systèmes de production actuels. C’est vous dire que la recherche est l’élément essentiel dans un pays comme le Togo qui opte pour le développement de son secteur agricole », souligne  le directeur général de l’ITRA, Yawo Lombo.

Spécifiquement, le Togo ne pourra réaliser ses ambitions pour le secteur agricole notamment l’amélioration de la productivité dans les filières stratégiques sans la recherche.

« En lien avec la Feuille de route gouvernementale 2025 et particulièrement au niveau du ministère de l’Agriculture,  la recherche occupe une place importante dans la réalisation de l’ambition du gouvernement d’améliorer la productivité annuellement de 8 à 10%. C’est-à-dire que dans cette amélioration,  on comprend qu’il faut avoir les systèmes de production adaptés et des semences améliorées. Et c’est la recherche qui doit impulser cette production », indique-t-il.

Mieux, la recherche a l’obligation de mettre à la disposition des producteurs des semences de qualité  qui puissent répondre à leurs aspirations. Et pour relever ce challenge, le ministère de l’Agriculture a mis en place à travers l’ITRA un dispositif permettant de mettre à la disposition des producteurs agricoles des semences de toutes les spéculations. Notamment le maïs, le soja, le mil, le sorgho, l’arachide, le niébé, et le coton.

« Nous sommes vraiment en amont de tout ce que le pays ou le ministère a comme projet de développement dans le secteur. Ainsi, nous avons un dispositif au niveau de toutes les régions du pays nous permettant de booster la production selon les spéculations », explique le directeur de l’ITRA.

Outre développer des semences améliorées, l’ITRA met aussi à la disposition des agriculteurs, les informations sur les itinéraires techniques de production en indiquant par exemple des dates précises de semis et les périodes d’entretien des cultures.

« Nous produisons les schémas de culture de toutes les spéculations que nous développons et nous mettons ces documents à la disposition des services d’encadrement et de régulation et même des producteurs qui ont l’habileté de pouvoir lire ou de comprendre. L’application des directives inscrites dans ces documents concourt à l’amélioration de la production », assure le directeur général de l’ITRA.

En lien avec la réalisation de la Feuille de route gouvernementale 2020- 2025, l’ITRA exécute entre autres un projet d’élaboration de la carte de fertilité des sols agricole du Togo. Les recherches dans le cadre de ce projet ont permis à ce jour de mettre à disposition des agriculteurs  de la région des Savanes et de la Kara, des fiches de recommandation sur les éléments nutritifs à apporter au sol.

« Le travail se poursuit pour les autres régions pour qu’on puisse avoir d’ici à la fin de l’année sur le plan national, des informations que chaque producteur à son niveau pourra utiliser pour pouvoir améliorer sa production », indique le patron de  l’ITRA.

Face au changement climatique :  l’ITRA recherche pour les agriculteurs

L’ITRA et d’autres structures de recherches agronomiques dont l’Ecole supérieure d’Agronomie de l’Université de Lomé sont aussi interpellées  pour  mettre au point des innovations encore plus adaptées  dans un contexte de changement climatique.

En ce sens, ces structures mènent avec l’ITRA depuis 2015 des recherches encore plus spécifiques d’adaptation au changement climatique avec la mise en place des semences de cultures adaptées selon la durée actuelle des saisons.

« Nous développons aujourd’hui avec les services de météo des informations sur les périodes de pluie de manière à conseiller les producteurs à pouvoir bien caler leur culture dans le temps et c’est ce travail qui se fait au jour le jour. Avec nos matériels qui sont de plus en plus performants,  nous pourrons très prochainement faire des projections encore plus précises pour  aider les producteurs à mieux maitriser les périodes de semence  périodes », détaille  le DG de l’ITRA.

Ces innovations à l’actif de l’ITRA

Les investissements publics dans la recherche à travers l’ITRA ont abouti à plusieurs innovations dont quelques-unes révèlent les performances des travaux menés par le pays dans le domaine de la recherche. Il s’agit par exemple, du développement des variétés  de semence de coton dénommée STAM129A et STAM190. Des variétés  très prisées sur le marché international pour son rendement  en fibre.

« Nos recherches ont permis de développer des variétés de semences de coton qui font aujourd’hui la fierté de notre pays, parce qu’au niveau de la sous-région c’est la variété créée par le Togo qui est utilisée ; c’est une fierté pour notre pays », se réjouit-on à l’ITRA.

De même, l’ITRA a développé le Solvato, une variété de sorgho à cycle court adaptée à la région des Savanes avec ses variants solvato 1 et solvato 28. Ce sont des variétés qui produisent beaucoup et peuvent être cultivées dans une période où on n’a pas suffisamment de pluie. Il en est de même pour le manioc avec des variétés riche en amidon.

Dans le secteur de l’élevage, l’ITRA développe entre autres des géniteurs d’ovins et de caprins trypanotolérants dans son Centre de recherche agronomique de la savane humide (CRASH) de Kolokopé. Dans le développement de la pisciculture, l’ITRA propose aux pisciculteurs des tilapias super males qui viennent substituer la pratique consistant à recourir aux hormones pour inverser les sexes.

Besoin de souffle

Malgré sa place  dans le développement du secteur agricole et dans l’atteinte des objectifs du gouvernement, l’ITRA fait face à des contraintes dont la résolution pourra contribuer à une plus grande efficacité de la recherche agricole.

De fait, l’Institut compte un total de 266 employés pour un budget annuel  de près de deux milliards FCFA, apportés  par  la subvention de l’Etat et d’autres ressources. Un effectif et un budget encore insuffisants pour l’ITRA qui exprime un besoin d’environ 535 agents qualifiés et un budget annuel de plus de 6 milliards.

S’agissant de la ressource humaine, le numéro un  de l’ITRA se veut optimiste quant aux  efforts consentis par l’Etat et espère un renforcement de l’équipe dans les prochains jours. « Pendant un temps,  nous avons souffert du manque de personnel mais nous espérons qu’avec les résultats du concours de recrutement organisé par le ministère en charge de l’Agriculture, ça va donner un souffle à l’ITRA », souligne  Dr. Lombo.

Créé le 23 juillet 1997 par décret n° 97-106/PR suite à la restructuration du Ministère de l’agriculture de l’élevage et de la pêche (MAEP) dans le cadre du Projet national d’appui aux services agricoles (PNASA) avec un statut de Société Anonyme d’Economie Mixte (SEM S.A), l’ITRA a acquis le statut d’un Etablissement Public à caractère scientifique le 29 août 2008.

L’Institut a pour mission de mener, en collaboration avec les autres services de l’Etat, les activités de recherche visant la promotion du développement agricole et la professionnalisation du monde rural notamment dans les domaines des productions végétales, animales, halieutiques, forestières, de l’environnement ainsi que des technologies agricoles et alimentaires adaptées au contexte national.

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