L’Afrique, au-delà d’une entité instrumentale !

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Comme quelques années auparavant où la Chine lançait son offensive diplomatique et commerciale en Afrique, menaçant l’ordre préétabli qui consacrait l’influence occidentale sur ce continent, l’Afrique est à nouveau au centre de la convoitise des puissances mondiales.

Et ce n’est pas un hasard de calendrier. Alors que des occidentaux et les Russes s’entredéchirent, certes pas dans un combat frontal mais dans une guerre à distance où l’Ukraine est prise pour un champ d’expérimentation, l’Afrique qui, jusque-là, semble briller par son silence devenu assourdissant et un refus de prise de position claire, est pressée de s’exprimer. Mieux, de s’aligner. Opportunément ou non, en faveur de l’un ou l’autre protagoniste de la crise.

De fait, au-delà des condamnations de principe par l’UA de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, ce sont des positions plutôt clair-obscur que le continent a affichées, notamment lors des votes à l’ONU des résolutions visant à condamner la Russie, le tout sur fond de fortes abstentions. Comme pour dire que les Africains globalement, se préoccupent moins des enjeux de puissance que de leurs propres problèmes auxquels aucune partie protagoniste de la crise, prise isolément, ne saurait apporter réponse.

Le ballet diplomatique, disons plutôt le chassé-croisé diplomatique entre la Russie (Sergueï Lavrov) et les États-Unis (Anthony Blinken), dont l’Afrique est le théâtre depuis un certain temps, confirme, c’est un truisme, une volonté de l’un et l’autre partie, de conter fleurette à ce continent. Trivialement, pour les mêmes motifs que ceux ayant naguère sous-tendu l’intérêt des grandes puissances pour l’Afrique.

Alors que la percée russe en Afrique entraîne une redistribution des cartes et que ce pays cherche à conforter sa position, que ce soit en République Centrafricaine (RCA), au Mali voire au-delà, l’Oncle Sam s’escrime à contrer l’influence montante de ce pays, considéré à tort, comme « le Messie » ou le « Héros » venu délivrer les Africains des monstres occidentaux.

Dans ce jeu et face à de tels enjeux de puissance, l’Afrique ne peut demeurer ce continent qui sert sans discernement, les intérêts des autres, ou se plie en quatre pour satisfaire les desiderata les plus fantasques des puissances mondiales qui ne la considèrent dans leurs agendas que comme une « entité purement instrumentale » ou une zone potentielle d’extension de leur sphère d’influence.

Elle a une nouvelle opportunité d’évaluer ses propres intérêts et de les faire valoir. Robert Dussey, patron de la diplomatie togolaise, opinait dans une tribune parue récemment, que « l’Afrique ne veut plus s’aligner sur les grandes puissances, quelles qu’elles soient ».

Vivement, que le continent maintienne cette posture !