Le nouvel illusionniste

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« L’illusionniste : le remake » ! Tel peut être intitulé, avec un brin de provocation et une once d’ironie, la séquence politique qu’Agbéyomé Kodjo alimente actuellement dans le pays. En effet, arrivé deuxième avec 19,45% des voix lors du scrutin du 22 février dernier dont les résultats définitifs ont été confirmés par la Cour Constitutionnelle dix jours plus tard, vidant le contentieux et clôturant ainsi définitivement le processus électoral, le candidat de Mgr Philippe Kpodzro continue de revendiquer la victoire. Derrière ce combat d’arrière-garde, se joue en réalité la crédibilité d’un homme qui est aujourd’hui obligé de faire les prolongations pour alimenter l’illusion d’une possible prise de pouvoir, même si plus grand monde, y compris dans son entourage, n’y croit .

Il s’est présenté tout au long de la campagne comme l’antithèse de Jean-Pierre Fabre. « Voter majoritairement pour moi le matin, le soir je prendrai le pouvoir », assurait-il. En creux, Agbéyomé Kodjo soutenait d’une part que les résultats proclamés des élections antérieures n’ont jamais été ceux sortis des urnes ; et d’autre part qu’au contraire du leader de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC), il était pour sa part en capacité de faire respecter le verdict des électeurs. « Je ne suis pas homme (suivez son regard) à me laisser voler une victoire électorale » clamait-il.

Au surplus, dans le relooking de sa personnalité, tandis que l’ancien lieutenant de Gilchrist Olympio était accusé d’arrogance et de mépris envers ses pairs de l’opposition, refusant toute alliance électorale dans le cadre de cette élection, l’ex-Premier ministre se présentait quant à lui en rassembleur, le candidat qui tend la main à tous.

Autour de lui, plusieurs leaders se sont réunis: de Brigitte Adjamagbo-Johnson à Fulbert Attisso, en passant par Gabriel Dosseh-Anyron ou encore Targone Sambiri etc… Si la quasi-totalité de ses alliés de circonstances n’a pas grand poids politique, le coup est réussi sur le plan des symboles. De fait, le discours sur un Jean-Pierre Fabre « looser », a fait son bonhomme de chemin tout au long de la campagne avec le soutien actif de Mgr Philippe Kpodzro. Il a abouti à un humiliant 4,68% pour le principal challenger de Faure Gnassingbé lors des deux derniers scrutins présidentiels.

Sauf que depuis la proclamation des résultats provisoires, Agbéyomé Kodjo ne s’est contenté que de conférences et de déclarations stériles, sans aucune conséquence sur nos institutions. Celui qui assurait à ses électeurs qu’en cas de victoire, toute tentative de l’empêcher d’exercer le pouvoir serait vaine, en est réduite plus de deux semaines après le scrutin et son auto-proclamation, à des sorties et effets d’annonces, que même les médias considérés pourtant proches de lui, relaient de moins en moins.

Enfermé chez lui et dans la bulle qu’il s’est créée, le docteur en économie entame chaque jour davantage sa crédibilité en prenant des initiatives hasardeuses, voire ridicules. Comme cette paradoxale exigence d’un second tour après avoir soutenu avoir gagné au premier.
Ou cette surréaliste nomination d’un Premier ministre fantôme, Koffi Nadjombé, pour laquelle il risque des poursuites pénales pour avoir utilisé de façon délictuelle les armoiries de la République.

Homme de réseaux et division dans l’armée :

Pour réussir en politique, il faut être un homme de réseau, croit l’imaginaire populaire. Et l’un des handicaps majeurs de Jean-Pierre Fabre, serait qu’il n’en est pas un, soutiennent ses contempteurs, qui ont embrayé pendant toute la campagne sur ce refrain. Tout le contraire d’Agbéyomé Kodjo qui se vantait d’en être.

A ses visiteurs du soir, il confiait ainsi avoir l’oreille de quelques Chefs d’état de la sous- région dont le nigérian Muhammadu Buhari et le nigérien Mahamadou Issoufou qui auraient financé sa campagne, selon des membres de son équipe.

Ou encore le Béninois Patrice Talon, qui entretient de compliquées relations avec le pouvoir de Lomé. Le candidat du MPDD se prévalait également des soutiens au Quai d’Orsay et même à l’Elysée où il tutoierait Emmanuel Macron, à la Commission de l’Union européenne, ou encore et dans les milieux économiques français notamment au MEDEF, tout comme au sein d’organisations sous régionales et internationales.

Cet important et fourni « carnet d’adresses », présenté comme un atout majeur de sa candidature face à un « Jean-Pierre Fabre qui n’aurait même pas le numéro de téléphone de la secrétaire du représentant de la CEDEAO au Togo » pour reprendre les mots d’un des nombreux conseillers de monsieur Kodjo, s’avère depuis le 22 février, au minimum inutile, sinon fictif.

La quasi-totalité de ses supposés soutiens ont depuis la proclamation définitive des résultats adressé des messages de félicitations à Faure Gnassingbé.

Isolé sur le plan national pour n’avoir reçu à ce jour aucun soutien affiché des principaux leaders de l’opposition, il l’est davantage sur le plan international. Aucune organisation, qu’elle soit sous régionale, régionale ou internationale, n’a affiché ne serait-ce qu’un commencement de reconnaissance d’une victoire d’Agbéyomé Kodjo.

La grande illusion touche également les forces armées togolaises. Selon une légende largement répandue pendant la campagne, le candidat adoubé par l’ancien évêque d’Atakpamé aurait de puissants relais au sein des FAT, prêtes à intervenir à son soutien. Ses électeurs attendent toujours.

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