Le réveil tardif du CAR

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Il a toujours connu ces périodes d’amertume et de regrets, quand le lui permettent des moments de lucidité, une fois que le grand brouhaha populiste associé au vacarme médiatique se tait. Depuis sa création, le Comité d’Action pour le Renouveau ( CAR), n’a jamais véritablement assumé son identité et sa méthode, gênée par l’ombre encombrante et la fulgurante émergence à son détriment de l’Union des Forces de Changement ( UFC), sur laquelle il se sentait obligé de s’aligner. Malgré le déclin électoral du parti de Gilchrist Olympio, la formation de Me Yawovi Agboyibo n’a pas perdu ses réflexes perdants, se faisant aujourd’hui le suiveur de l’ANC et alliés. Contre son ADN. La mini-rébellion qu’elle tente, prenant prétexte du conclave projeté par la C14, est une répétition de l’histoire.

Ils ont pourtant juré qu’on ne les y prendrait plus jamais. A jouer les suiveurs muets des postures radicales et improductives incarnées par Jean-Pierre Fabre et l’ANC. Il faut dire que les membres du CAR en ont eu pour leur dose, et plus encore, obligés durant des années à avaler toutes les couleuvres proposées par l’UFC, conscients pourtant que ce sont des voies sans issues, mais effrayés par la perspective d’être livrés aux talibans de la rue et à la vindicte populaire. Après la scission intervenue dans ce parti et la perte de son audience, Me Yawovi Agboyibo et ses amis avait juré qu’ils assumeraient désormais ce qu’ils sont ; et surtout ne se laisseront plus dicter leur position, par des « personnes qui n’ont jamais obtenu une seule avancée politique par leurs méthodes ».
De fait, du CST en 2011, ils n’en seront pas par exemple.

Il a fallu la violente irruption du PNP sur la scène politique et la main tendue de son leader Tikpi Atchadam à ses « grands frères », pour que le CAR ravale son chapeau. A sa décharge, un contexte insurrectionnel et d’excitation, où toute parole ou position, tendant à appeler à la modération, au réalisme et à mettre le débat des réformes en perspectives, était considérée au minimum comme de la trahison et de l’intelligence avec l’ »ennemi ». Il était donc difficile pour l’homme de Kouvé de faire sonner sa petite musique particulière. Il aura ainsi suivi une fois encore les autres, se taisant, taisant surtout sa profonde connaissance de la sphère politique togolaise, et la réalité des rapports de force.
Lignes de rupture.
Et mal lui en a pris. Car s’il en est réduit aujourd’hui à camper la posture du « rebelle » , c’est parce qu’il n’a pas pu imposer sa grille de lecture à ses « jeunes frères de la C14 » au plus fort des négociations avec
les facilitateurs, provoquant des rendezvous manqués. Et surtout, disparaissant du jeu politique institutionnel alors qu’il y avait toute sa place y compris à travers des élections, et montant au pinacle à peu de
frais pour elle, Mme Adjamagbo-Johnson, qui a squatté la tête de la coalition pour en devenir le visage, alors que son audience électorale est quasi nulle.
La première ligne de rupture aurait dû être le rejet , début 2018 d’une proposition de méthodologie pour faire avancer les négociations avec le pouvoir ; rejetée par…. ses collègues de la C14. Pourtant, elle tombait de sens. L’ancien Premier ministre fait le constat que les discussions traînaient en longueur, non seulement à cause de la divergence de points de vue entre majorité et opposition, mais aussi du manque de disponibilité des 2 facilitateurs, occupés par leurs charges respectives de chefs d’Etat de leur pays. De fait, il proposait des échanges directs avec le pouvoir à Lomé : « nous sommes entre Togolais ; on peut se comprendre et avancer sur certains points » soutenait-il. S’il y a des sujets de blocage, ils étaient mis de côté et soumis à la facilitation
lorsqu’elle se rendrait disponible. Cette proposition a été rejetée par nombreux de ses pairs, qui ne serraient pas la main aux représentants du régime lors des discussions, et ne se voyaient donc pas avec eux dans un
dialogue direct. Néanmoins, par solidarité, le CAR rentrera dans les rangs tout en ruminant sa frustration, convaincu qu’il était que le dialogue allait droit dans le mur.

Puis vint la question électorale. C’est un secret de polichinelle que la formation des « déshérités » avait milité pour appeler les populations à se faire recenser. Que sur la base d’un délai de grâce de quelques jours supplémentaires et de certaines garanties minimales, il soutenait plus tard l’idée d’une participation aux législatives. « Pour ne pas laisser tout l’espace politique à UNIR à 1 an de la présidentielle » conseillait-il. Sans succès. On connaît la suite.
Aujourd’’hui, comme par le passé, c’est une fois que la messe est dite et les conséquences imparables, que le CAR exprime ses états d’âme. Gageons que définitivement, il tire les leçons de ses péripéties et contribue à un pluralisme politique sans renier ses engagements.