L’imbroglio malien

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Le Mali a connu en début de semaine le énième coup d’état de son histoire contemporaine, le deuxième en l’espace de 10 mois. En déchargeant Bah N’Daw et Moctar Ouane de leurs fonctions de président et de premier ministre pour avoir formé un nouveau gouvernement sans le consulter, le colonel Assimi Goïta, l’homme fort de la junte qui a renversé Ibrahim Boubacar Kéïta en août dernier, est devenu un putschiste en série, que ne sauraient masquer les « démissions devant l’arbitre » des deux têtes de l’Exécutif.

Cependant, une fois les condamnations de principe, voire de façade tues après avoir été martelées depuis Paris, New-York, Bruxelles, Abuja et Addis-Abeba, il y a lieu de questionner sur cette nouvelle irruption des militaires dans la vie publique de ce pays, et plus généralement sur l’état de la société malienne, qui expliquerait cet imbroglio politique dont elle n’arrive pas à sortir depuis plusieurs années déjà.

Il y a deux constats auxquels tout analyste ne peut échapper. D’abord le contexte régional. Il a nécessairement favorisé l’action des hommes du camp Kati. En effet, ceux-ci ont dû nécessairement parier sur le fait que la communauté internationale serait difficilement audible en les condamnant, après avoir au minimum, adoubé les putschistes de N’Djamena; le deux poids deux mesures passant aujourd’hui difficilement dans l’opinion. Ensuite, le lieu du pouvoir. Il n’a jamais quitté le camp Kati malgré la nomination de Bah N’Daw et Moctar Ouane, sous les douces pressions de la communauté internationale. De fait, les deux désormais ex têtes de l’Exécutif n’auraient jamais dû chercher à s’affranchir des personnes dont elles tirent en réalité leur légitimité et leur autorité. Sauf à leur opposer une force, qu’elle soit politique ou militaire, mais dont elles ne pouvaient visiblement pas se prévaloir.

Le Mali vit depuis des années une crise sociale et économique, aggravée par une corruption galopante et une insécurité insoluble, avec une partie de son territoire aux mains des djihadistes et des bandes mafieuses de tous acabits. L’autorité de l’Etat est un mot inconnu dans bien des contrées. Les élections qui se sont succédées depuis Amani Toumani Touré n’ont jamais été l’occasion de mettre à la tête du pays un pouvoir fort et véritablement légitime ; le taux de participation étant l’un des plus faibles de la sous-région avec ses moins de 30%.

Autant dire que ce sont les 12 travaux d’Hercule qu’il faudrait afin de remettre le pays sur les bons rails. N’est-ce pas ce que promettaient Assimi Goïta  et ses hommes ? Au nom des principes à géométrie variable, on n’a pas voulu les laisser s’y essayer, leur imposant un président et un premier ministre. Ils viennent de rappeler à tous qui a la main.

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