MANIFESTATIONS DU PNP : Les raisons d’un fiasco

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Le Parti National Panafricain (PNP) l’avait annoncée comme le début d’une nouvelle vague de protestations contre le régime : la manifestation de ce 13 avril devrait être du même niveau que sa devancière du 19 août 2017. Pour atteindre cet objectif, la formation n’avait pas lésiné sur les moyens et les réseaux sociaux ont été abondamment inondés de vidéos et d’audio appelant à la mobilisation et au soulèvement. Son leader, Tikpi Atchadam disparu de la scène publique et inaudible depuis des lustres, dans une adresse à ses militants et sympathisants, a appelé à mettre fin au régime. Tout cela n’aurait pas suffi puisqu’à l’heure du décompte, seules quelques centaines de manifestants cumulés, ont répondu à l’appel. Cet échec n’est pas en réalité une surprise pour bon nombre d’observateurs de la vie politique togolaise. A raison.

Ce qui restera de l’opération « Dzitri Bonsafo », nom donné par Tikpi Atchadam aux mouvements du 13 avril dernier et censés sonner le glas du pouvoir de Faure Gnassingbé, est la mort d’un manifestant, les blessés , les arrestations et le saccage du domicile du leader du PNP. Car pour l’essentiel, la déferlante rouge annoncée n’a pas eu lieu et à part quelques incidents épars et vite circonscrits, la journée de samedi dernier a été plutôt ordinaire. Cavalier seul : La première raison de cet échec est l’arrogance du PNP, pour reprendre les mots d’un des leaders de l’ex-C14. En effet, parce qu’elle a été à l’origine des soubresauts qu’a connus le pays à partir d’août 2017, la formation de Tikpi Atchadam s’est comportée tout au long de la crise, avec condescendance voire du mépris, envers ses partenaires de la coalition. « Elle y dictait ses lois et ses positions, menaçant de se retirer quand elle était mise en minorité, refusant de s’associer à des initiatives pourtant adoptées par la quasi-totalité des autres membres, lorsque celles-ci ne correspondaient pas à sa propre stratégie », confie ce leader.

Cette arrogance va jusqu’au refus de participer aux « efforts de guerre » communs ; le PNP n’ayant jamais contribué à la caisse devant financer les manifestations, soutenir les blessés ou les prisonniers. Intervenant le 03 avril dernier dans l’émission « Le Débat » chez nos confrères de la radio Nana FM, Me Isabelle Améganvi, vice-présidente de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) a confirmé la tendance hégémonique du PNP au sein de la C14. Selon l’avocate, le comportement des leaders de ce parti explique d’ailleurs le départ de sa formation de la C14. « Notre départ de la C14 a fondamentalement pour cause principale l’attitude du PNP pendant les 18 mois que nous avons passés ensemble », a-t-elle indiqué. Elle est allée plus loin, accusant le parti de Tikpi Atchadam d’avoir causé du tort à l’ANC. « Le PNP nous a causés du tort. Il faut le dire ainsi. Le PNP a causé du tort à l’ANC. Je le dis, je sais que je vais être vilipendée sur les réseaux sociaux, mais je l’assume », a-t-elle déclaré. Cette sortie de l’ancienne présidente du groupe parlementaire ANC à l’Assemblée nationale n’est pas isolée ; la plupart des leaders de la C14 dénonçant en privé l’attitude du PNP pendant les 18 mois de vie commune, sans pouvoir l’assumer publiquement, par peur « des attaques sur les réseaux sociaux ». Cette attitude du natif de Kparatao et de ses militants explique le désamour consommé avec les autres formations politiques. De fait, seul Togo Autrement de Fulbert Attisso qui peut difficilement se prévaloir d’une audience importante dans le pays, a appelé à soutenir les manifestations du 13 avril. Au surplus, ils ont surestimé leur capacité de mobilisation en décidant de faire cavalier seul sur ces manifestations, en faisant une mauvaise lecture du contexte et en prenant peu en compte la situation post-élections législatives du 20 décembre 2018.

Démobilisation La tenue des élections législatives a été un coup dur pour l’opposition regroupée dans la C14. Pendant plusieurs mois, campant les radicaux, ses leaders ont refusé de s’associer au processus en cours, malgré les interventions et conseils de la CEDEAO, des Chefs d’Etat de la sousrégion et des chancelleries occidentales accréditées au Togo, dénonçant un scrutin irrégulièrement organisé.

Ils ont convaincu leurs militants par des annonces et positions répétées, que les élections ne se tiendraient pas. Au final, elles ont bel et bien eu lieu, au grand dam et à la surprise de ceux-ci. Ce qui a eu pour conséquence la démobilisation sur tous les bords, y compris ceux du PNP.

Il n’y a pas meilleur baromètre pour s’en rendre compte que les réseaux sociaux, où les habituels et quotidiens débats, invectives, certitudes et autres appels à l’insurrection ont presque disparu. Dans ce contexte, difficile de vendre quelques trois mois seulement après, l’idée de manifestations qui feraient s’écrouler le régime. D’autant plus qu’une bonne partie de l’ex C14 semble avoir fait le choix d’une autre approche que celle, radicale et jusqu’au-boutiste expérimentée jusque-là, en rencontrant le mois dernier le Chef de l’Etat, Faure Gnassingbé, pour évoquer ensemble des sujets d’ordre politique. Interdiction : Il faut dire que le refus du ministère de l’Administration territoriale et des Collectivités publiques de laisser le PNP manifester simultanément à Lomé ainsi que dans 7 villes de l’intérieur du pays, ainsi que la mise en garde ferme du ministre de la Sécurité et de la Protection civile contre toute tentative de violer les instructions gouvernementales, auront sans doute douché l’envie de certains manifestants. En effet, Payadowa Boukpessi avait, dans une correspondance adressée aux dirigeants du PNP, circonscrit les manifestations dans la zone de Togblécopé pour ce qui est de la capitale ; et les avait autorisées uniquement à Afagnan et à Sokodé, à l’intérieur du pays. Quant au général Yark Damehame, il avait insisté pour que le choix des villes ainsi que les itinéraires soient respectés. « On ne fait pas la démocratie dans la pagaille « avait-il martelé.