My’ara, promotrice de la maroquinerie « Efoyé »

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Rappeuse, slameure et entrepreneure, My’ara de son nom d’artiste,  est une femme engagée aux multiples casquettes. Elle  entreprend dans un domaine où règnent plutôt les hommes : la maroquinerie ( désigne le travail du cuir provenant de la peau de certains animaux). La particularité du travail de la jeune dame, est qu’elle associe le cuir aux tissus africains ; donnant ainsi à ses créations une touche originale, très demandée notamment en Occident.

My’ara est un artiste complet, alliant musique et création artisanale. Ce qui lui fait dire qu’elle a l’art dans le sang ou encore qu’elle y est intimement liée. Si elle a embrassé  la musique dès sa tendre enfance, sa rencontre avec la maroquinerie remonte à environ quelques années. Poussée par la curiosité au début, la passion a fini par l’y fixer. A ses débuts, ses créations étaient uniquement destinées à son entourage. Le succès qu’elles avaient auprès de celui-ci, l’a convaincue  d’en faire un métier. C’est ainsi qu’en décembre 2018, My’ara a lancé sa marque de maroquinerie du  nom de « Ifoyé » qui en Akposso (une langue parlée dans la région des Plateaux), veut dire  le temps de la moisson.

Pour un coup d’essai, ce fut  un coup de maitre. Comme si le public n’attendait  que le  lancement de cette marque, l’accueil a été favorable : « je me dis que le succès est dû à la qualité de notre travail », confie la promotrice. My’ara ne compte pas s’arrêter à ce premier succès, ni piquer la grosse tête. Très méticuleuse et pointue dans ses créations, elle sait que la  route de la reconnaissance est encore longue, même si elle a déjà conquis les marchés  burkinabè, malien, sénégalais. Son objectif : les fidéliser et faire de chaque Africain son  fidèle consommateur.

La marque « Ifoyé » travaille le cuir et le tissu africain pour fabriquer des sacs à main, des sacs à dos, des pochettes, des coussins, des portefeuilles, des porte-monnaies, des puffs (petites assises soit en tissu wax ou en bogolan avec lequel on décore son salon, sa terrasse ou son jardin), des plouf (des assises faites à base de pneus), décorés artistiquement pour les rendre plus jolis,  des babioles qui permettent de décorer le frigo  et l’intérieur du salon.

« Je fais mes créations surtout pour l’Europe et certains pays de l’Amérique. C’est la diaspora qui faisait les commandes. Maintenant j’ai décidé de dédier et de  partager cet art, cette passion que j’ai avec mes frères africains et particulièrement togolais », indique My’ara.

Elle mise avant tout sur les matériaux neufs.  Car pour elle,  le plus important  est d’avoir des produits de qualité.  C’est pourquoi  elle choisit  toujours des tissus neufs,  évitant l’utilisation des bribes de tissus. Et donc le wax, le kenté, le bazin ou le bogolan sont achetés en gros pour l’usage. « Notre marque se veut une marque de qualité, une marque VIP, une marque d’élégance où tout est neuf. Nous ne pouvons pas nous contenter de vieux tissus ou des tissus recyclés », a expliqué  My’ara.

L’approvisionnement en ces matériaux se fait le plus souvent sur le marché togolais ou lorsque la commande l’exige,  en Europe ou en Chine. « Tout dépend du produit que je veux faire, de la création que je veux faire», explique la jeune entrepreneure. Lancée sur fonds propres, ce n’est pas sans difficulté que la marque « Efoyé » fait du chemin. Seules la passion et la volonté de bien faire sont des stimuli pour la jeune artiste. L’une des premières difficultés auxquelles doivent faire face les créateurs africains est le manque de confiance du public africain. Celui-ci  a souvent tendance à croire que les produits fabriqués sur le continent sont de piètre qualité.  Parfois il va jusqu’à déprécier la valeur du produit et se dit qu’un article de marque étrangère vaut mieux que ce qui est produit sur le continent.  Conséquence, il faut mettre plus de temps à le convaincre.  « Or pour les produits africains, les artisans prennent plus de temps pour les peaufiner afin de leur donner le meilleur d’eux-mêmes et le rendement est impeccable alors que les produits qui viennent de l’extérieur sont faits à l’usine en grande quantité. Ce qui fait qu’il y a forcément des défauts de fabrication qui  rentrent en jeu et qui ne donnent pas une très bonne qualité.  Mais  la mentalité africaine les fait tout de même  passer  meilleures à nos productions ». regrette-t-elle. Malgré ces difficultés, My’ara ne baisse pas les bras. Aux jeunes entrepreneurs qui veulent lui emboîter le pas,  elle  conseille d’être passionnés par ce qu’ils font.  « Je dirais que la passion et le désir de l’excellence doivent être le leitmotiv des jeunes entrepreneurs.  Car tant qu’ils visent l’excellence et qu’ils donnent le meilleur d’eux mêmes,  avec un peu de rigueur et de la passion, on y arrive ». Et surtout poursuit-elle, il ne faut pas se laisser  bluffer par ceux qui réussissent. «  Ils sont aussi passés par la case difficultés »  , conclut-elle.

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