Non, la liberté de presse n’est évidemment pas bâillonnée au Togo

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Les mots ont un sens. Lorsqu’on analyse le paysage médiatique togolais ainsi que l’exercice qu’en font ses acteurs, il est difficilement soutenable que la liberté de presse est bâillonnée dans notre pays.  En effet, même si l’inquiétude d’un retour à une époque,    que tout le monde s’accorde à considérer comme à jamais révolue est recevable  après la séquence de l’arrestation de deux confrères en décembre dernier, celle-ci ne saurait caractériser l’étouffement qu’allèguent et  décrivent  certains.

Objectivement, en droit et dans la pratique, les journalistes  togolais  profitent d’un des codes les plus  libéraux     de la région et d’un espace d’expression que nous envient bon nombre de professionnels de médias de notre zone communautaire et au-delà.   De fait, l’on est dans l’exagération manifeste lorsqu’on allègue que l’année 2021 a été la plus sombre de l’ère démocratique au Togo, en termes de liberté de la presse. Il s’agit là, soit d’une méconnaissance coupable   de l’histoire de la presse privée dans notre pays, de ses péripéties  et de  ses heures sombres, soit d’une démarche révisionniste  délibérée et volontaire. Dans les deux cas, cela engage la crédibilité des tenants d’une telle posture, face à l’opinion nationale et aux partenaires du Togo, eux qui lisent et suivent les médias au quotidien dans notre pays avec la liberté de ton qui caractérise ceux-ci.

Cette lecture particulière de la situation de la presse privée dans notre pays est par ailleurs préjudiciable au nécessaire combat permanent pour la préservation des acquis démocratiques.

Au surplus, la dizaine de faits cités au soutien de l’allégation de bâillonnement de la liberté au Togo, quoique réels, doivent être analysés au regard notamment du sort accordé au contenu des publications parues sur la période. En effet, au cours de l’année 2021, la quinzaine de journaux paraissant régulièrement revendiquent plusieurs milliers d’articles y compris très critiques, dont seulement une dizaine a été querellée. A cela, il faut ajouter le millier d’émissions cumulées diffusées par les principales radios et télévisions de notre pays, parmi lesquelles un nombre marginal a fait objet de signalement.

En réalité, c’est qu’il est vain de concevoir la liberté de presse et la dépénalisation comme équivalant à l’irresponsabilité, à  un permis de  diffamer, d’invectiver, de mentir ou de colporter des rumeurs ou de fausses nouvelles. Il est tout autant illusoire de revendiquer pour la presse un îlot d’impunité, sur lequel règneraient des barons intouchables, qui ne rendraient aucun compte et ne répondraient à personne ; la liberté allant nécessairement avec la responsabilité comme les deux faces d’une même médaille.

L’énergie mise dans un combat fantôme devrait plutôt  être canalisée  pour lutter contre la misère dans laquelle végètent une bonne partie des patrons de presse et des journalistes. Il est connu, le  défi principal auquel la corporation est confrontée. Il s’agit de   sa  capacité et de son ingéniosité  à faire des entreprises de presse des organes performants et prospères, générant suffisamment de ressources pour sortir les professionnels des médias de leur statut de tâcherons à peine payés, dont les droits à une assurance maladie et à une retraite décente sont formalisés et assurés, à travers notamment une convention collective. En somme, une corporation vraiment professionnelle, dans tous les sens du terme.