Pêche : Une production nationale en deçà des besoins de la population

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La demande en poisson de la population togolaise ne cesse d’augmenter d’année en année. La production halieutique nationale évaluée à environ 25 000 tonnes par an est loin de satisfaire les besoins de cette population estimés à près de 100 000 tonnes par an sur la base de 13 kg/ht/an. Pour combler ce déficit, le Togo importe chaque année entre 70 000 et 80 000 tonnes de poissons. Pourtant,  le pays dispose d’une façade maritime, des eaux continentales et d’un port de pêche moderne qui constituent de grands atouts pour booster la production halieutique du pays. Dans ce dossier, Focus Infos, revient sur l’évolution de la production halieutique, fait un zoom sur les acteurs de la pêche artisanale, et les défis du secteur.

La pêche artisanalemaritime,  grand pourvoyeur

Au Togo, les produits de pêche notamment les poissons sont issus de la pêche artisanale maritime, la pêche industrielle et continentale ainsi que de la pisciculture. La pêche artisanale maritime se pratique surtout à partir de la côte ou des plages à l’aide de divers engins et techniques de pêche jusqu’à une distance de 5 km de la côte et une profondeur de 20 m. Les pêcheurs utilisent des filets maillants dont tonga, awli et watsa.

La production moyenne annuelle est de 25 000 tonnes selon les statistiques de la Direction des pêches et de l’aquaculture. Elle est très variable d’une année à une autre. Estimée à 27 272 tonnes  en 2011, la production halieutique du Togo a connu une baisse entre 2012 et 2015. De fait, sur cette période, la production a été en dessous de la moyenne. Celle-ci a été respectivement de 19 340,  19 887,  21 565 tonnes en 2012, 2014 et 2015. A l’issue de l’année 2016, cette production va connaitre une nouvelle augmentation avec un total de 32 201 tonnes de produits halieutiques enregistrés. En 2017, la production a été de 27 000 tonnes avant de rechuter à 26 526 tonnes en 2019.

Cette fluctuation de la production totale du pays d’une année à une autre reste fortement liée aux performances de la pêche artisanale maritime qui constitue plus de 75% de la production halieutique nationale.  En effet, cette production a été de 18 411 tonnes en moyenne entre 2011 et 2019 contre une production moyenne générale de 24 304 tonnes sur cette période.

A l’analyse des statistiques nationales, la production de la pêche artisanale maritime est en baisse sur ces neuf dernières années. De 22 150 tonnes en 2011, cette production est passée à 18 960 tonnes en 2019 soit une baisse de 3 190 tonnes. Cette baisse est liée selon les spécialistes aux impacts de l’érosion côtière, des changements climatiques et à la pollution des eaux marines par les jetés d’ordures et des eaux phosphatées.
En revanche,  les productions de la pêche continentale et celle piscicole sont en hausse sur ces dernières années.

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De 5000 tonnes en 2011, la production de la pêche continentale est passé à 6 417 en 2019 soit hausse de 1417 tonnes. La production de la pisciculture a quant à elle connu une forte hausse de production, passant de quelques 20 tonnes en 2011 à 1000 tonnes en 2019.  La production industrielle sur cette période aussi a connu une hausse, passant de 102 tonnes à 149 tonnes.

Malgré sa faiblesse, la valeur de la production halieutique du pays est estimée selon une étude de la FAO à plus de 5 milliards de francs CFA et la valeur ajoutée par la transformation et la commercialisation des produits de la pêche à plus de 10 milliards de francs CFA. La pêche contribue à 4 % du PIB du secteur primaire. Le secteur de la pêche offre de l’emploi non négligeable à 10 000 pêcheurs environ et 12 000 commerçants, commerçantes et transformatrices des produits de pêche et fait vivre directement environ 150 000 personnes.

Le Togo exportateur malgré tout

Malgré que le Togo importe plus de 50 % de ses produits halieutiques, il exporte du poisson en direction de quelques pays de la sous-région et à l’international. Les poissons sont exportés vivants (Clarias gariepenus ou silures vers le Bénin et le Nigéria), frais ou transformés (toutes espèces confondues vers les pays d’Afrique, d’Europe ou ailleurs). Toutefois l’importation qui porte notamment sur les poissons entiers frais,  réfrigérés ou congelés, fumés, séchés, salés et les fruits de mer (crustacés, mollusques) reste largement supérieure.

De fait, le Togo a exporté en 2010, 22000 tonnes de poissons pour une valeur de 4,32 millions de FCFA.Les importations de produits halieutiques de cette année ont été  évaluées à 36502 tonnes pour un montant total de près de 11 milliards FCFA.

Cette importation de poisson enregistre depuis 2010 selon les chiffres de l’Institut National de la Statistique des Etudes Economiques et Démographiques (INSEED) une hausse d’année en année contrairement à l’exportation qui affiche une tendance à la baisse depuis 2016. En 2018,  par exemple, le total de produits halieutiques importés a été estimé à 61 796 tonnes contre seulement 2 tonnes exportés par le Togo. Cette importation a été évalué à 22,291 milliards FCFA.

De la nécessité d’augmenter la production halieutique

L’importation des produits halieutiques ne cessent de croitre d’une année à l’autre. Face à cette situation il importe de définir des stratégies afin d’augmenter la production locale.
Ainsi, serait-il judicieux de soutenir la pisciculture en restructurant la filière et en accordant des financements aux acteurs présents dans le secteur. De même,  le Togo devrait exploiter au mieux son potentiel halieutique en règlementant la pêche artisanale maritime.

« Les pêcheurs ne respectent pas les normes définies pour la pêche surtout dans l’utilisation des filets. Ceux que la plupart utilisent ici sont des filets à maille très fin qui ne sont pas du tout recommandés. Il faut que l’autorité prenne des mesures strictes avec de véritables amendes  », recommande le secrétaire général du Syndicat national des pêcheurs du Togo (SYNAPETO) Adam Abdou-Derman.

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De plus, des mesures devraient être prises pour atténuer les conséquences  de l’érosion côtière qui impactent négativement la pêche artisanale maritime. L’instauration d’un repos biologique est nécessaire  afin de garantir une régénération de la flore marine sur les côtes togolaises.

A la Direction de la pêche, l’on annonce que le Togo disposera dans les prochains mois d’un système de surveillance satellitaire des navires de pêche appelé VMS.
« Ce dispositif permettra au pays de mieux surveiller les navires de pêche sur sa côte et de lutter efficacement contre la pêche illégale qui est contre-productive pour le pays », indique M. Kossi Ahoedo, chef Section Promotion des pêches.

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