Peut-on encore être « Charlie » ?

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L’acte barbare et ignoble qu’a posé l’assassin de Samuel Paty, l’enseignant d’histoire –géographie, décapité le 16 octobre dernier à Conflans-Sainte-Honorine en région parisienne (France), pour avoir montré à ses élèves des caricatures de Mahomet lors d’un de ses cours portant sur la liberté d’expression, continue de susciter émoi et indignation à travers le monde. Si la condamnation devra être unanime et ne souffrir d’aucune hésitation, cet assassinat remet tout de même dans l’actualité des évènements tout aussi monstrueux survenus le 07 janvier 2015 avec la tuerie au siège du journal satirique Charlie Hebdo, provoquant douze décès et une dizaine de blessés. Mais surtout, il pose de nouveau le débat sur la liberté d’expression et sur  ses limites.

Sauf pour les hérauts de l’obscurantisme religieux et les foules fanatisées, nul ne devrait mourir en ce 21è siècle pour avoir exercé sa liberté de pensée ou d’expression. Evidemment. Raison pour laquelle, un élan de solidarité et de soutien s’était  formé   à travers la planète au lendemain de l’attaque contre le média français sous le slogan « Je suis Charlie ». Cependant, être Charlie ne saurait non plus constituer un blanc- seing   accordé à l’insolence, aux attaques aussi inutiles que grotesques, ainsi qu’aux insultes assumées proférées à l’endroit d’une religion pratiquée par près de 2 milliards de personnes dans le monde ainsi qu’à son prophète.

De fait, la liberté d’expression comme toute liberté,  doit s’exercer avec des limites et l’imposition de curseurs, s’arrêtant comme on le dit trivialement, là où débute celle des autres. Dans la devise française « Liberté Egalité Fraternité»,  héritage du siècle des Lumières, la Liberté est beaucoup trop souvent évoquée au préjudice de la Fraternité. Dans une France plurielle, multicolore et multiethnique, cette dernière est essentielle pour réussir le vivre ensemble. Moquer systématiquement et gratuitement la religion de millions de ses compatriotes ne peut pas concourir à renforcer  une communauté de vie et de destin.

C’est ce qu’a rappelé le Premier ministre canadien Justin Trudeau, qu’on ne peut soupçonner de prosélytisme islamiste. « La liberté d’expression n’est pas sans limites. Nous nous devons d’agir avec respect pour les autres et de chercher à ne pas blesser de façon arbitraire ou inutile ceux avec qui nous sommes en train de partager une société et une planète. On n’a pas le droit par exemple de crier au feu dans un cinéma bondé de monde, il y a toujours des limites», a argumenté le chef  du gouvernement.

Comme aussi l’archevêque de Toulouse Mgr Robert Le Gall qui,  tout en se voulant pédagogue, a été encore plus sévère avec les caricatures à polémiques : « On met parfois de l’huile sur le feu avec ces caricatures… Elles sont contre les musulmans mais contre la foi chrétienne aussi… Je pense profondément qu’il faut arrêter de les diffuser… . On voit les conséquences, on met de l’huile sur le feu et c’est une escalade ensuite. La liberté d’expression a des limites comme toutes libertés humaines… », a soutenu le dignitaire catholique.

Dans ce contexte, continuer à être Charlie peut équivaloir à encourager la pyromanie. La France qui promeut l’universalité de ses valeurs peut difficilement convaincre que  ridiculiser  la religion de ses fils et de ses amis, en est une et qu’elle est exportable.

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