Pratiquer l’agroécologie pour préserver l’environnement et pour assurer une alimentation saine

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L’agriculture constitue un maillon essentiel des économies de la plupart des pays en développement dont celle togolaise. Elle contribue à près de 40% à la formation de la richesse nationale et génère plus de 20% des recettes d’exportation et emploie près de 54% de la population et 96% des ménages ruraux. Malgré ses statistiques, l’agriculture togolaise fait aujourd’hui face à d’énormes difficultés dont l’appauvrissement croissant des sols dû aux abus d’intrants chimiques, le développement des ravageurs et maladies, et le recours aux pesticides qui érode la biodiversité. De plus se pose la problématique de l’alimentation saine. Pour faire face à ses innombrables défis exacerbés par les impacts du changement climatique, la pratique de l’agroécologie émerge comme l’une des solutions durables. Qu’est-ce que l’agroécologie, quelles sont ses avantages, et quid de la transition agroécologique au Togo ?

Cerner l’agroécologie

L’agroécologie n’est pas une pratique toute nouvelle. Elle est aussi vieille que l’agriculture elle-même. Selon les acteurs et les contextes cette pratique agricole a plusieurs sens. Selon Yannick Aboda, Ingénieur des travaux agricoles et agroécologiste, l’agroécologie peut se définir comme un ensemble des bonnes pratiques agricoles qu’un producteur met en œuvre dans son champ, comme l’association culturale, l’agroforesterie, l’utilisation du compost, des engrais verts comme le mucuna, et l’association de l’élevage.

De fait, soutient l’agroécologiste et président de l’Association Eco-Impact, Jean-Charles Sossou, l’agroécologie est une agriculture respectueuse de l’environnement, qui ne fait pas recours ou presque pas aux intrants chimiques.

« C’est une agriculture qui prend soin de la santé animale et humaine mais aussi celle qui valorise au mieux la biodiversité culturelle, la biodiversité alimentaire en faisant appel aux bonnes pratiques culturales, aux technologies et aux biotechnologies inspirées des processus écologiques », explique-t-il.

Cette forme d’agriculture est aussi à la fois un ensemble de pratiques, une discipline scientifique et un mouvement social. « Sur le plan social elle est portée par certains mouvements sociaux qui défendent les droits des paysans sur les semences locales, l’accès à la terre, la lutte contre les produits toxiques de l’agrochimie et la garantie d’un système alimentaire durable. C’est le cas de la CGLTE-Togo (Convergence Globale des Luttes pour la Terre et l’Eau) et du Réseau National de Acteurs de l’Agroécologie du Togo (RéNAAT) lancé en juillet 2015 », explique l’ingénieur Yannick Abodah.

Une solution durable

L’agroécologie se présente aujourd’hui selon les spécialistes et les conclusions de plusieurs études scientifiques, comme une solution efficace pour un développement durable ainsi que pour atténuer et s’adapter au changement climatique. « La transversalité de l’agroécologie fait d’elle le modèle à adopter pour prendre en compte les trois sphères économique, environnementale et sociétale du développement durable », soutient Joseph koami BOKODJIN, Technicien agroécologiste et Secrétaire général du RéNAAT.

De fait, l’agroécologie se base sur des principes qui permettent la préservation des ressources naturelles, la restauration des écosystèmes, ainsi que la production des aliments de qualité pour la population.

« L’Agroécologie promeut des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement contrairement à l’agriculture conventionnelle qui est dépendante des intrants externes (engrais azotés, pesticides) qui consomment énormément des énergies fossiles. Elle maintient la biodiversité qui offre les services écosystémiques à l’homme, à l’exemple de la pollinisation des plantes par les abeilles », explique Yannick Abodah.

Elle permet ainsi selon JeanCharles Sossou d’améliorer la fertilité des sols et les rendements agricoles, de garantir une nutrition saine permettant d’éviter les intoxications pouvant résulter de l’usage des intrants chimiques.

« Aujourd’hui la meilleure solution mieux le choix optimum en agriculture reste l’agroécologie. C’est une agriculture respectueuse de l’environnement, qui prend soin de la santé animale et humaine mais aussi celle qui valorise au mieux la biodiversité culturelle, la biodiversité alimentaire en faisant appel aux bonnes pratiques culturales, aux technologies et aux biotechnologies inspirées des processus écologiques. L’Agroécologie est le système par excellence qui garantit des produits sains pour une saine nutrition », défend-il.

Une réponse au changement climatique

D’après plusieurs études scientifiques dont celle intitulé « Vulnérabilité de l’agriculture pluviale face à la variabilité climatique et stratégies d’adaptation paysannes dans la préfecture de Vo au Sud Togo », l’agroécologie reste une option crédible pour améliorer l’adaptation et la résilience de l’agriculture face au changement climatique par des caractéristiques telles que la diversification des cultures et des parcelles, l’hétérogénéité paysagère, l’utilisation de la biodiversité et de l’agro biodiversité, la lutte biologique contre les ravageurs, les symbioses et interactions diverses.

Intégrant une approche de gestion intégrée de la fertilité des sols (GIFS), l’agroécologie se présente comme une stratégie de lutte contre la dégradation des terres par le renforcement et l’adaptation au changement climatique. De fait, cette pratique agricole permet de réduire les émissions de gaz à effet de serre et ainsi d’atténuer le changement climatique.

« C’est un des outils par excellence pour la compensation du crédit carbone. Elle valorise les ressources disponibles au lieu de les épuiser. Certaines techniques permettent de réduire les pressions anthropiques sur les forêts et la biodiversité ; permettent également de réduire les émissions des gaz à effet de serre. Et en même temps permettent de faire une régénération du sol, une meilleure conservation de la biodiversité et une meilleure valorisation des forêts », révèle Jean-Charles Sossou.

De plus, l’utilisation des biofertilisants, des bioprotecteurs, du biocharbon ; l’association et la rotation des cultures, la pratique du paillage, de l’agroforesterie ; permettent de reconstituer et de donner vie petit à petit au sol pauvre ; réduisent l’évapotranspiration et conservent le carbone dans le sol.

Des contraintes à la pratique

Malgré que l’agroécologie se présente comme une solution au changement climatique, à une alimentation saine et de préservation de l’environnement, son adoption se heurte à plusieurs handicaps. Il s’agit selon les acteurs de la mauvaise compréhension du concept et de la pratique de l’agroécologie ainsi que la non maitrise des bonnes pratiques. Ces derniers relèvent aussi l’indisponibilité des intrants agroécologiques notamment les semences, les biofertilisants et les bio-protecteurs.

L’on note aussi selon le SG du ReNAAT une insuffisance de formation des acteurs et la méconnaissance des écosystèmes par les acteurs eux-mêmes, l’absence des outils scientifiques de capitalisation des pratiques agroécologiques en termes de stockage des gaz à effets de serre dans le sol et aussi sur les performances de productivité De même, le manque de financement aux paysans pour se procurer l’outillage adéquat, le manque de mains d’œuvres constitue une difficulté d’adoption des systèmes de production agroécologique.

« Le manque de la main d’œuvre constitue une des grandes contraintes pour l’adoption de l’agroécologie par certains producteurs. Rappelons que les travaux champêtres sont difficiles et avec la modernité certains producteurs ont du mal à adopter certaines pratiques agroécologiques. Un producteur qui ne trouve pas de la main d’œuvre va préférer utiliser les herbicides pour aller vite, il ne va pas attendre la main d’œuvre pour louper la saison », témoigne le chargé de suivi-évaluation de SECAAR.

Aussi, le fait que l’agroécologie s’inscrit dans la durabilité et que les résultats de bonne production ne soient pas immédiats constitue une source de manque de motivation à sa pratique. « Les premières années de pratiques agroécologiques ne donnent pas des résultats spectaculaires alors que l’investissement en temps de travail est élevé. Cela peut décourager les producteurs qui s’y engagent », analyse l’ingénieur agronome Roger Makenou. L’absence de marché différentiel pour les produits agroécologiques et bio au Togo, constitue l’autre handicap à la pratique à grande échelle de l’agroécologie.

Vers une transition agroécologique au Togo ?

Le gouvernement togolais dans l’exécution de sa politique de développement du secteur agricole a enclenché un processus de transition vers une agriculture biologique et agroécologique. Il a été élaboré en ce sens une stratégie nationale portant développement des filières biologiques intégrant l’agroécologie et la mécanisation. Le document en phase d’évaluation par l’ensemble des acteurs dont ceux de la société civile, les organisations des agriculteurs ainsi que le secteur privé traduit la volonté du Togo d’opter pour l’agroécologie.

De plus, le Togo a ratifié entre autres la convention sur la diversité biologique. A travers son adhésion à cette convention, l’État togolais exprime une volonté à mener des actions préservant la biodiversité, et ce faisant l’agroécologie. En plus de cette stratégie, le Togo a interdit en l’importation et l’utilisation de plusieurs produits chimiques dont le glyphosate.

Pour l’opérationnalisation de cette volonté de migrer vers l’agroécologie, le gouvernement doit mettre en place des facilités d’accès aux financements et aussi allouer des fonds d’appui aux projets de développement de l’agroécologie.

« L’État doit avoir des mesures incitatives pour encourager les jeunes dans la création des emplois verts tels que les unités de fabrication de compost à un prix abordable pour les producteurs et encourager les producteurs qui préservent les services écosystémiques à travers l’agroécologie par des financements », plaide Yannick Abodah.

Les consommateurs en ce sens doivent aussi jouer un grand rôle dans le plaidoyer, en amenant les décideurs à financer l’agroécologie et à mettre en place des soutiens techniques pour une alimentation saine. Pour Jean-Charles Sossou, les acteurs et le ministère de l’agriculture doivent intégrer fortement les notions d’agroécologie dans les politiques, programmes et projets de développement rural.

Charles KOLOU

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