Prison : la réinsertion dans la vie civile est possible

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Coco De Koffi, ex-détenu, president du SMPDD

Dans la plupart des prisons du Togo, le problème de la surpopulation carcérale est souvent dû à l’absence d’une véritable politique d’insertion et un fort taux de récidive. La prison civile de Lomé par exemple présente un taux de récidive de 47 %, selon le Comité d’Appui aux Réformes Institutionnelles et Judiciaires (CARIJ). Devant ce constat d’échec du système d’insertion et les effets désocialisants de l’incarcération, on peut légitimement se demander s’il y a une vie après la prison. Nous avons posé cette question à Coco De Koffi qui sorti de prison après 1277 jours d’incarcération, a choisi de se battre pour redevenir un citoyen comme les autres.

Focus-Infos : comment s’est passé votre séjour en prison ?
Coco De Koffi : j’ai fait 1277 jours à la prison civile de Lomé. En effet, le premier jour de mon arrivée en milieu carcéral, je m’étais dit que c’était fini pour moi.On m’a envoyé dans une cellule de 5m² où il y avait plus de 100 détenus. Il n’y avait pas d’espace pour dormir. Et pour pouvoir se maintenir dans la salle, au moment où certains détenus restaient débout, d’autres étaient assis et le reste couché. Ainsi de suite, on s’échangeait de position.

A la prison, quand tu te lèves le matin, tu te retrouves enfermé dans les quatre murs, aucune activité à faire, tu dors et te relèves en espérant le jour de ta libération. A peine pouvait- on manger. On avait un repas dans la journée avec une qualité et quantité déplorable. L’accès aux soins médicaux était compliqué. Délaissé par ma famille, je n’ai pas eu de visite durant mon séjour. Ça n’a pas du tout été facile pour moi. Et je ne souhaite pas la prison à mon pire ennemi.

FI : Etiez-vous préparé en prison à affronter la réalité de la sortie ?
CK : Pendant ma première année, je n’étais pas prêt dans ma tête pour me reconstruire, j’étais en contestation totale avec le milieu carcéral. Quand on reste dans une perspective de défense contre un milieu coercitif, on ne peut pas travailler sur soi.

Mais le soutien de ma mère, la seule personne qui me visitait en prison et qui me rappelait qu’il y avait toujours une vie à l’extérieur, et ma prise de conscience m’ont permis de regagner espoir.

Ainsi, depuis cet endroit, mon rêve a été de devenir un acteur important qui servira la société à ma sortie de prison. J’ai alors commencé à remettre en cause mes différents défauts et à mieux me comporter. Au cours de mes causeries avec mes codétenus, je leur faisais part de mon ambition et les encourageais à croire à une vie meilleure après la prison.

FI : Comment redémarre-t-on sa vie après des années d’incarcération ?
CK : On ne redémarre pas sa vie, on la continue. La vie ne s’est pas interrompue pendant ces années, j’ai juste cessé d’exister. En sortant de prison, j’ai simplement changé de monde. Se reconstruire après une vie passée en prison, c’est admettre qu’on peut encore exister.
Le milieu carcéral détruit et n’aide pas à la reconstruction. Il est si violent qu’il est très difficile de se remettre en cause. Mais quand on veut, il est toujours possible de se réinsérer en société.

FI : A votre sortie de prison, qu’aviez-vous en poche ?
CK : Je suis sorti de prison le 28 novembre 2011. A la base, je n’avais aucune formation. Pas d’argent. Ma famille m’avait tourné le dos. J’étais laissé pour compte, aucun soutien pour m’accompagner. J’étais aussi confronté à la stigmatisation et à la discrimination.

Mais la seule chose dont je disposais encore était la musique. Ce talent, je l’ai découvert et développé en prison. Ainsi à ma sortie contre vents et marées, j’ai pu trouver un peu d’argent. Ce qui m’a permis de rentrer en studio et de faire sortir une chanson titrée « souvenez-vous des prisonniers », en l’honneur des détenus en 2012.

FI : Qui est Coco De Koffi aujourd’hui ?
CK : En plus d’être artiste de la chanson, je suis aujourd’hui le président de l’Association Solidarité Mondiale pour les Personnes Démunies et les Détenus (SMPDD). Je ne suis pas arrivé là au hasard.

En effet, après la sortie de ma chanson, je m’étais mis à faire des prestations bénévolement à des spectacles. Mon objectif en ce moment était de faire passer mon message et me faire connaitre du public.
Ce qui fut fait. En 2012, grâce aux médias, nos institutions m’ont découvert. Et ils m’ont invité à faire une tournée de spectacle dans les 13 prisons du Togo.

A la fin de cette collaboration, j’ai organisé moi-même mon premier concert au palais des congrès de Lomé en 2013 intitulé « concert de solidarité au profit des détenus » dont l’objectif a été de prendre à la fin du spectacle, l’argent des tickets pour acheter des produits pharmaceutiques et renforcer les infirmeries des prisons du Togo.
Et le public a répondu favorable à cette cause. Suite à ce concert, les institutions m’ont conseillé de créer une institution si je veux continuer à recevoir du soutien pour les détenus.

C’est là qu’est né en 2013 le SMPDD dont je suis le président. Et c’est avec cette association que j’ai eu à organiser des spectacles (4 éditions) qui m’ont permis de faire des plaidoyers auprès des autorités et recevoir de l’aide pour ma cause.
Il faut noter que je ne me suis pas arrêté à la création de l’association. J’ai aussi créé un centre de transit dans lequel j’accueille, héberge les détenus et au besoin, leur trouve du boulot.

FI : Un vrai travail de réinsertion est-il possible alors, une fois sorti ?
CK: oui et j’en suis la preuve. Comme je l’ai toujours dit à mes codétenus, il y a une vie après la prison. Parti de rien, d’un prisonnier, je suis devenu une référence, un modèle.

Avec mon centre de transit, et avec le soutien des droits de l’homme et l’appui financier de l’Union Européenne et de certaines ambassades, j’ai permis à plusieurs prisonniers de se réinsérer à leur sortie. En effet, aujourd’hui j’ai une cinquantaine de détenus pour la réinsertion et une quinzaine de dossiers de médiation.
A ce jour, plus de vingt ex-prisonniers ont réussi à se réinsérer, à avoir leur propre travail, famille et être autonomes. Seulement deux ont récidivé.
Avec ce résultat qui ne cesse de s’améliorer, je peux conclure que la réinsertion dans la vie civile est possible après la prison.

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