Réélu

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Les résultats provisoires proclamés dimanche dernier tard dans la nuit par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) donnent Faure Gnassingbé vainqueur avec 72,36% des suffrages exprimés. Après 2005, 2010 et 2015, c’est le quatrième scrutin présidentiel de rang remporté par le président sortant. Si le score est inattendu, la victoire est tout sauf une surprise, le candidat de l’Union pour la République étant parti largement favori face à des adversaires divisés et en perte de repères.

Il revient de loin. Et pour cela, même s’il a indiqué avoir la victoire modeste, il doit boire du petit lait. Au troisième trimestre 2017, avec l’irruption violente sur la scène politique togolaise de Tikpi Atchadam et du Parti National Panafricain (PNP), beaucoup avaient pronostiqué une fin de règne pour Faure Gnassingbé. Malgré l’assurance qu’il donnait à son entourage que cette énième crise politique n’était que passagère comme ses devancières et qu’il allait y donner une réponse tout aussi politique, certains y compris parmi ses proches se planquaient, tandis que d’autres parmi les plus paniqués, envisageaient de quitter le navire, en perdition selon eux.

Depuis, non seulement il a réussi à apaiser les tensions en opérant des réformes constitutionnelles et institutionnelles, sa formation politique a également gagné haut la main les élections législatives et locales entre 2018 et 2019. Le scrutin du 20 février dernier est venu le conforter et confirmer de l’adhésion de la majorité des électeurs au projet d’un nouveau mandat. En effet, l’élection présidentielle avait été annoncée comme un référendum pour ou contre un 4è mandat. Visiblement, c’est le oui qui l’a largement emporté. Le thème d’alternance qui a été au cœur du discours de ses concurrents, tout comme les 15 ans déjà passés à la tête de l’Etat, n’auront pas constitué pour Faure Gnassingbé un
handicap.

Bilan positif :
Mais avant tout, le président sortant doit sa victoire à un bilan socio-économique positif. Sur les 5 dernières années par exemple, le pays a connu une croissance régulière de 5,0% en moyenne, de même qu’une augmentation du PIB réel par habitant, établi à 675US $ en 2018 contre 350 US $ en 2005. Grâce aux réformes fusionnant les services des impôts et ceux des douanes et créant l’Office Togolais des Recettes (OTR), le Togo note une amélioration des recettes fiscales et douanières qui s’établissent en 2018 à 560,527 milliards contre 211, 2 milliards en 2008. Le taux d’investissement public qui n’était que de 3,6% en 2006 est passé à 25% en 2018. La pauvreté y a baissé de près de 15% en 10 ans, et la réduction du chômage est de 3,1 points avec une progression de l’emploi passant de 6,5% en 2011 à 3,4% en 2015, et à 1,8 en 2018. L’estimation du taux d’emploi moyen est à 77%, selon des statistiques de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) de 2000 à 2018, taux largement supérieur à la moyenne générale en Afrique subsaharienne (66%) permettant de hisser le Togo au premier rang des pays les plus pourvoyeurs d’emplois de la sous-région. L’assurance maladie est en outre accessible à toutes les couches socioprofessionnelles.
Se positionnant comme un pays de services et un hub, le Togo a investi dans les infrastructures portuaires. Notamment dans la construction d’un 3è quai, et revendique aujourd’hui en Afrique de l’ouest et centrale, la place de N°1 pour le trafic à conteneurs, de même que pour le transbordement.
La construction d’une nouvelle aérogare d’une capacité de 2.000.000 de passagers par an a permis de moderniser l’aéroport de Lomé, et d’en faire le hub de la compagnie panafricaine ASKY. Le pays a par ailleurs initié toute une série de réformes pour améliorer le climat des affaires et attirer des investisseurs privés. Il a été classé dans le rapport Doing Business 2020 de la Banque mondiale, parmi les 10 premiers réformateurs du monde.

Sur le plan politique et des libertés publiques, le Togo a indéniablement fait d’importants progrès. Il y a quelques années encore, il était régulièrement relégué dans les profondeurs du classement des différents mécanismes de mesure du respect des droits de l’homme et souvent cité dans les rapports d’organisations internationales pour atteinte aux libertés publiques. Même si le pays continue d’être interpellé sur ces questions, la situation socio-politique s’y est beaucoup améliorée. Faure Gnassingbé a réussi à apaiser le climat politique avec un processus qui fut long et souvent laborieux, mais dont les réformes opérées au cours de l’année 2019 constituent le clou principal. Certes, cela ne met pas un terme au débat politique au Togo. Comme partout dans le monde, la vie politique est parfois tendue, surtout à l’approche des élections. Cela dit, l’essentiel des sujets de crispation et de tensions est aujourd’hui évacué.

Un maillage territorial
L’analyse des résultats confirme le maillage méthodique du parti au pouvoir du territoire national. Elle révèle que la formation bleue consolide et renforce ses bastions traditionnels que sont les Savanes avec plus de 88% des voix pour son candidat soit 17% de plus qu’en 2015, la Kara avec 90% des suffrages soit 3% de plus qu’en 2015, et la Centrale avec 91%, soit 12% de plus qu’en 2015. Et des scores records de 99,46% dans le Mô dans la Centrale, 97,27% dans la Binah dans la Kara ou encore 96,37% dans le Kpendjal dans les Savanes.
Considérée jusque-là comme la faiseuse de roi avec ses 20% du corps électoral, la région des Plateaux a cette année plébiscité Faure Gnassingbé avec plus de 80% soit 18% de plus qu’en 2015, donnant ainsi au score national cette ampleur inattendue.

Au surplus, Faure Gnassingbé a enregistré de fortes poussées dans des zones considérées jusqu’alors comme favorables à l’opposition notemment Avé, Vo, Zio, Bas-Mono…qui l’ont porté en tête ( lire par ailleurs). De fait, le président-candidat l’emporte dans toutes les préfectures et circonscriptions du pays, de la région des Savanes jusqu’aux Plateaux, ne cédant que Golfe, Yoto et Lacs (d’une très courte tête avec 0,26%) dans la région Maritime à son poursuivant.

Une campagne réussie :
Tous les observateurs l’ont noté : plus que les éditions précédentes, Faure Gnassingbé a véritablement mouillé le maillot cette année. Il a multiplié au quotidien les meetings, prenant plaisir à faire des bains de foule comme jamais on ne l’y a vu. Nouveauté dans sa campagne : les grands raouts étaient précédés ou suivis d’échanges avec les cadres et autres représentants des communautés pour recueillir leurs préoccupations et s’enquérir de leurs besoins. Le candidat-président a mis un point d’honneur à diriger lui-même ces séquences. Plus généralement, le président candidat a fait le choix d’une campagne décentralisée, animée avant tout sur le terrain par des équipes locales autour de thématiques liées aux préoccupations des communautés, identifiées en amont par des enquêtes diligentées plusieurs mois avant l’élection.

Opposition affaiblie
Elle est ensuite la conséquence de la division et des errements d’une opposition en perte de repères, avec des choix pas toujours compris de ses partisans. L’affaire des 30 millions reçus d’Alassane Ouattara, ses engagements non suivis d’effets et ses volte-face ont fini par lasser les électeurs de Jean-Pierre Fabre qui l’ont lâché en rase campagne. L’absence d’un vrai projet alternatif en face du parti au pouvoir, autre que les sempiternels refrains sur l’alternance et le régime cinquantenaire, qui ne parlent pas nécessairement à l’électorat jeune, la génération du concret et des TICs, a enfin constitué un véritable handicap à l’heure des comptes.

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