Revendications corporatistes

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Ce 04 avril, le ministre des Enseignements primaire, secondaire, technique et de l’Artisanat, Prof. Dodzi Kokoroko,  a procédé à Hédjégan (village situé dans la commune  de Vo-1) au lancement officiel du volet construction de la phase 2 du Projet d’appui à la réforme des collèges (PAREC II), donnant ainsi le ton pour la construction de 384 salles de classe dans les régions Maritime, Plateaux (Est et Ouest) et Savanes. Presque au même moment, des mouvements d’humeur d’élèves perturbaient les activités pédagogiques de certains établissements du pays, en marge de la grève lancée par le Syndicat des enseignants du Togo (SET). Ce contraste illustre assez bien, si besoin en était encore, la difficile équation du gouvernement : redonner ses lettres de noblesse à l’école togolaise en dotant celle-ci de ressources idoines, tout en faisant face aux revendications purement corporatistes d’un syndicat populiste aux méthodes déloyales.

Avec respectivement 151,6 et 40,9 milliards FCFA, les secteurs des Enseignements primaire, secondaire, technique et de l’Artisanat ainsi que celui de l’Enseignement supérieur,  représentent en 2022, plus de 15% du budget alloué aux ministères et institutions. En 2 ans, c’est une croissance de près de 30%.  Autant dire qu’aujourd’hui plus qu’avant, les autorités ont décidé de déployer au profit de l’éducation togolaise, d’importants moyens pour combler le déficit de ressources qu’elle a accusé pendant longtemps.  Ce choix est un impératif catégorique pour une école de qualité dans notre pays.

Mais il ne doit pas s’entendre uniquement et exclusivement comme la revalorisation systématique et permanente de la rémunération des enseignants, quelque légitime que fût celle-ci. Il doit surtout être l’occasion de la libéralisation et  de l’accès de tous à l’enseignement, de l’amélioration des capacités et des conditions d’accueil et d’apprentissage avec la construction et la réhabilitation des différents sites, d’une meilleure formation des enseignants pour un relèvement du niveau d’instruction des apprenants, d’une meilleure insertion, etc. C’est donc à contre-courant d’une dynamique que tout le monde considère aujourd’hui comme enfin vertueuse, que rame le SET.

D’autant plus qu’il s’autoproclame plus légitime et donc fondé à remettre en cause seulement deux semaines après sa signature, un Protocole d’accord qui a fait l’objet d’une évaluation complète et approfondie avant d’être paraphé par le gouvernement et plus de 10 fédérations syndicales.  Au nom de quoi sa raison s’imposerait-elle d’autorité pour balayer d’un revers de main, les 5 points du mémorandum sur lesquels les signataires se sont accordés, avec l’adoption d’une feuille de route devant servir de base aux discussions futures ?

Si la volonté de gagner plus est consubstantielle à l’emploi salarié, il faut tout de même considérer qu’un Etat ne dispose pas de moyens illimités et appréhende nécessairement les besoins de façon globale. D’autant plus que les enseignants ne sont pas les plus défavorisés des fonctionnaires de la République. Le SET qui campe sur une posture jusqu’au-boutiste en dépit de son illégalité selon les dispositions du nouveau Code de travail, a choisi l’affrontement, avec l’instrumentalisation des élèves déversés dans les rues.  Cette vieille ficelle, trop grosse et usitée, est une voie sans issue. Le syndicalisme est un noble engagement. Il ne faudrait  pas le dévoyer.