Risques d’embrasement en Guinée

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Guinée
En Guinée, Alpha Condé, veut-il briguer un nouveau mandat après les deux constitutionnels, en réformant la loi fondamentale?

La fin d’année 2019 risque de s’écrire en lettres de sang en Guinée. En cause, les intentions supposées ou réelles d’Alpha Condé, de briguer un nouveau mandat après les deux constitutionnels, en réformant la loi fondamentale. L’opposition et la société civile sont vent debout contre cette éventualité qui, pour elles, ne fait aucun doute au vu des déclarations et des actions initiées depuis plusieurs semaines par le pouvoir guinéen, notamment les consultations nationales sur la Constitution.

Regain de violences

De fait, le mot d’ordre du Front National pour la Défense de la Constitution ( FNDC),une coalition créée en avril par des partis d’opposition, des syndicats et des membres de la société civile, de manifester à partir du 14 octobre dernier  pour « empêcher de manière catégorique toutes formes de modification ou l’adoption d’une nouvelle constitution et le glissement du calendrier électoral au-delà du 21 Décembre 2020 », a été suivi dans la capitale Conakry et dans plusieurs autres villes du pays.

Ce regain de tensions dans le pays de Sékou Touré fait craindre le pire, d’autant plus que les mouvements sociopolitiques s’y soldent souvent par des pertes en vies humaines ; l’opposition et la presse ayant par exemple recensé une centaine de morts depuis l’arrivée au pouvoir de l’actuel président en 2010, dont les partisans évoquent quant à eux une douzaine de victimes parmi les forces de l’ordre sur la même période. De fait, au premier jour de la contestation, le décompte macabre a déjà commencé, avec un nombre de décès par balles variant  selon les sources. Dans un contexte sous régional empreint d’insécurité galopante et de poussées djihadistes au Burkina, au Mali et au Nigéria notamment,  de risques d’instabilité en Côte d’Ivoire avec l’élection présidentielle de 2020, les nouvelles venant de la Guinée ne peuvent pas tomber plus mal.

Alpha Condé, la clé… 

Face à la détermination de la rue et de ses opposants, seul le successeur de Dadis Camara a les clés du futur immédiat de son pays, la Guinée. Ses velléités de rempiler ne pourront se réaliser, si elles l’étaient,  qu’au prix d’un  bain de sang et d’une « guerre civile », pour les prédictions les plus pessimistes. Certes, chaque pays a ses réalités et l’implémentation automatique et systématique, sans aucun relativisme des modèles, entraînent par endroits, l’effet contraire à celui escompté. Au surplus, le fétichisme de la limitation des mandats devenu un dogme dont les adversaires sont sans débat et avec préjudices excommuniés par la bien-pensance, ne saurait constituer un indicateur irréfragable de la vitalité d’une démocratie, et a contrario, celui d’une dictature implacable. Ni la démonstration de la vox populi qui, au terme du système démocratique, devrait avoir le dernier mot.

Il n’en demeure pas moins qu’à 81 ans, dont la majeure partie passée dans l’opposition à lutter pour le pluralisme politique  et la liberté,  à combattre l’injustice, et 10 à la tête de l’Etat, Alpha Condé pourra convaincre difficilement  qu’il demeure la solution.  Surtout dans un pays où plus de 40% de la population ont moins de 15 ans et où 96% n’ont pas 65 ans. Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ?

Jean-Paul AGBOH

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