Russie, ce nouvel ami

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Depuis qu’ils ont contribué à refouler la horde de rebelles qui fonçaient dangereusement sur Bangui (Centrafrique) et à consolider le régime de Faustin Archange Touadéra, dans un pays régulièrement en proie à des attaques perpétrées par des groupes armés aux motivations aussi crapuleuses que politiques, les Russes, déjà précédés de leurs faits d’armes syriens aux côtés de Bachar Al Assad dont ils ont sauvé le pouvoir, ont commencé à séduire une certaine opinion publique africaine. Cet intérêt s’est mué en  adoubement quand  la junte malienne en a fait des supplétifs de son armée, et au fur et à mesure que l’escalade verbale et diplomatique s’installait entre Bamako et Paris.

Qu’importe si les dirigeants européens comme américains, voire Vladimir Poutine « himself », ainsi que les médias occidentaux déclarent que les combattants auxquels aussi bien le leader syrien que ceux de la Centrafrique et du Mali font appel, ne répondent pas de la Russie officielle mais d’un groupe de sécurité privée : l’essentiel pour ceux qui en ont fait leurs chouchous, est qu’ils soient les hommes de  Mission Impossible. Ce membre du comité stratégique du M5-RFP, le mouvement dont est issu le Premier ministre malien Choguel Maïga, exprime bien cette opinion, largement partagée en Afrique : « Même si c’est avec le diable, on est prêts à pactiser pour avoir la paix».

De fait et en principe, le choix de ses alliés et de ses partenaires, relève d’une décision souveraine d’un Etat et ne devrait être confronté uniquement qu’à ses seuls intérêts, à l’exclusion de toute autre considération. Au demeurant, un monde multipolaire où ne dominerait aucune hyperpuissance mais plusieurs puissances dans un jeu d’équilibre, et dans lequel certains pays n’imposeraient pas leurs diktats aux autres avec un paternalisme humiliant et une condescendance insupportable, est forcément une bonne nouvelle.

Néanmoins, le besoin de s’affirmer et de s’affranchir des décennies d’influence occidentale en général et française en particulier, devrait se faire en bon ordre, s’intégrer dans une vision globale de reconstruction et s’inscrire sur le long terme dans lequel ne saurait valablement s’engager, par essence, une autorité transitoire. Il ne doit pas être non plus un prétexte pour la mise en œuvre d’un agenda caché au profit duquel, l’on instrumentalise une aspiration légitime des populations.

Au demeurant, il serait naïf de croire que le « nouvel ami » venu du « grand froid » ait accouru au secours de peuples accâblés, uniquement mus par sa charité débordante et pour répondre à l’appel de son grand cœur. De fait,  chanter l’auto-détermination et revendiquer l’indépendance réelle, tout en se jetant dans les bras du premier venu, avec les caisses de l’Etat et les permis d’exploitation des mines, est paradoxal.

Tout aussi paradoxal est de voir fleurir dans beaucoup de manifestations dans l’espace CEDEAO, le drapeau russe, brandi par des chantres de la démocratie qui applaudissent un pays où pourtant les médias sont muselés, les hommes politiques et les journalistes emprisonnés, torturés ou empoisonnés.  Les hérauts de l’état de droit et ceux qui chantent l’alternance dont ils font un casus belli contre des régimes africains, ne s’embarrassent pas non plus de la   compagnie de la Russie où la pluralité politique est une fiction et le président en poste depuis plus de 20 ans.  Qui a dit que beaucoup de positions dites de principe prises sur notre continent, ne sont en réalité que des postures, changeantes au gré des intérêts de ceux qui les tiennent ?