Se réinventer ou disparaître

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L’opposition togolaise traverse une grave crise dont la nature et les causes sont aussi multiples que profondes. La C14 qui a incarné depuis septembre 2017 son aile la plus radicale est en proie à des tensions et à des divergences insurmontables, provoquant le départ de plusieurs de ses membres, y compris les plus influents. Aujourd’hui, nul ne sait combien de formations politiques continuent à y siéger et quel chiffre il faut associer désormais au C de la coalition.

Le dernier épisode de cette chronique d’une ruine annoncée est la démission fracassante de l’Alliance Nationale pour le Changement (ANC) d’Aworou Waste Arégba, président de la Fédération internationale Europe-Asie du parti, avec des mots peu amènes à l’égard de son président Jean-Pierre Fabre et pour des motifs, il faut le dire, fallacieux. Malgré tout, il exprime le malaise qui s’est installé dans plusieurs formations politiques de l’opposition, après le boycott des élections législatives que certains regrettent. Mais surtout à cause de l’échec patent de la ligne adoptée face au régime et devant différentes situations, tout au long de la séquence politique qui s’était ouverte le 19 août 2017 jusqu’au lendemain du scrutin législatif. Aucun résultat probant n’est à mettre au crédit de la coalition malgré la mobilisation de ses militants et l’oreille attentive que leur avait prêté la communauté sous régionale et internationale.

De fait, l’opposition et tous ceux qui s’en réclament, devront faire un bilan de leurs actions, se reconstruire. Se réinventer ou disparaître. Elle devra tirer les leçons de 3 décennies d’errements idéologiques, de déficit de stratégie, du manque de cohérence et d’absence de cohésion. Elle serait inspirée à mieux évaluer en toutes circonstances, la réalité du rapport de force et ne plus se laisser emporter par l’enthousiasme euphorisant des manifestations réussies. Les postures applaudies sur les réseaux sociaux mais stériles par ailleurs ne devront plus constituer la ligne directrice de ses actions. Pas plus que les certitudes erronées et le populisme improductif ne devraient plus dicter ses choix. Un parti politique est créé pour faire de la politique. Il est peut-être temps d’en faire : discuter, négocier, concéder, préparer le coup d’après, prendre date et dans certaines circonstances, parier sur la démarche des petits pas et participer aux élections.

Pour autant, le pouvoir n’a aucun intérêt à se délecter de cette situation. L’affaiblissement de l’opposition est sans doute annonciateur pour lui de victoires électorales. Mais il n’efface pas d’un coup de baguette magique les aspirations qu’elle a portées et incarnées, et pour lesquelles certains de nos compatriotes se sont reconnus en elle. Ses dirigeants, actuels ou futurs, malgré leur défaut, sont des partenaires incontournables pour la construction d’une démocratie apaisée et d’une société moderne. C’est pour cela qu’il faut en profiter pour évacuer les derniers objets de tensions : l’opérationnalisation des réformes et l’organisation des élections locales. La session de l’assemblée nationale qui vient de s’ouvrir nous en donne l’opportunité : saisissons-la.