Trading : Menaces économiques et sociales

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Les menaces que font peser les « Madoff tropicaux » sur notre pays sont d’abord économiques. En effet,  beaucoup de leurs adhérents  vident leurs comptes ou sollicitent des prêts auprès d’institutions bancaires ou de microfinances qu’ils investissent chez les traders.

Comme nous le confirme M. Akakpo qui s’est endetté pour cela. Cette situation émeut au ministère de l’Economie et des Finances qui alerte sur ses  conséquences préjudiciables à notre économie. «  Si la population retire son épargne ou s’endette pour investir dans des opérations qui font sortir des capitaux de notre pays et dont à terme ils vont perdre certainement la mise, on risque d’avoir, si cela perdurait, une indisponibilité de fonds pour financer l’économie réelle avec pour conséquence d’importantes difficultés économiques »  relève M. Komlan.

Par ailleurs, «  la faillite inéluctable vers laquelle courent toutes ces sociétés construites sur des châteaux de cartes et sans aucune logique financière réaliste  fait peser des risques de troubles sur la paix sociale » renchérit Thomas Lawson, expert financier à Abidjan ( Côte d’Ivoire). Il cite les cas de REDEMARE et IDH qui ont laissé des milliers de Togolais sur le carreau avec des préjudices cumulés pour les déposants évalués à plusieurs dizaines de milliards de FCFA. Ou celui de ICC Services au Bénin, qui a spolié plus de 300.000 personnes pour un total estimé à plus de 200 milliards FCFA. «  Ces sociétés ne peuvent pas prospérer. Elles finiront par s’écrouler tôt ou tard » soutient M. Lawson.

Inquiétudes.

Comme pour lui donner raison, CACESPIC-IF, vantée jusque-là comme une référence en matière de trading au Togo est  en redressement judiciaire. En effet, cette SARL dirigée par M. Hugues Yaovi Digo, présenté comme courtier sur le marché financier, diplômé et fin connaisseur du trading , a été déclarée en cessation de paiement pour compter du 15 janvier 2021 et placée en redressement judiciaire par décision du Tribunal de Commerce de Lomé du 24 février 2021. Le magistrat a désigné un juge-commissaire et un administrateur judiciaire, et surtout ordonné la suspension des poursuites individuelles contre la société, au grand dam des investisseurs.

C’est depuis le mois de décembre dernier que les difficultés de cette société se sont faits jour. Voici le message que recevaient alors les souscripteurs, dont Alain KPETSU, enseignant dans un établissement public à Lomé. « Chers souscripteurs, comme vous le savez, les mois de décembre et de janvier ont été particulièrement difficiles pour nos opérations suite aux réalités du marché financier international.  Nous vous remercions d’avoir patienté jusqu’à la date de la mi-février 2021. Actuellement, notre situation financière ne s’est pas améliorée telle que nous l’avons projeté. Ce qui nous conduit à procéder malencontreusement à la résiliation de tous les contrats.  A cet effet, le cabinet de Me Ali Berthe a été commis pour la finalisation et la mise en œuvre du plan de remboursement pour nous assurer que tous les souscripteurs rentreront en possession de leurs capitaux. Des dispositions particulières ont été prises selon les différentes situations pour dédommager les souscripteurs. » .

De fait, c’est un attroupement monstre qui se formait au quotidien devant le siège de la société sis à Léo 2000 ; les adhérents s’y précipitant pour   rentrer en possession de leur capital et  à défaut avoir  davantage d’informations sur la résiliation du contrat et sur la suite de la procédure. «  On nous demandait de patienter. Mais jusqu’à quand » s’interroge M. KPETSU, lui qui a déjà investi 1.500.000 FCFA en 8 mois et n’a obtenu aucune rémunération à ce jour.

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« Je crois qu’ils sont partis avec nos sous », s’alarme l’enseignant. Près de 7000 souscripteurs dans la même situation  que lui. La situation au Global Trade Corporation n’est pas plus rassurante. Depuis deux mois, les  remboursements sont au ralenti. Ils sont des centaines à  défiler sur  les différents sites de la société pour rentrer en possession de leurs rémunérations  sans succès. « C’est en décembre dernier que je devrais toucher ma deuxième tranche de remboursement.  Mais je ne suis toujours pas programmé. Ils me demandent à chaque fois de la patience » , confie un client.

Quelques investisseurs chanceux programmés, sont payés  en déca des montants prévus par le  contrat. « Au lieu de  2.000.000 FCFA, j’ en ai perçu  que la moitié », affirme Mme DENAKPO. C’est une situation prévisible selon le PDG de la société, Ghislain Awaga.  «Global Trade Corporation est conscient des paramètres tant endogènes qu’exogènes qui influent sur ses activités, et avec les réels enjeux. Des retards de paiement s’observent, liés aux secousses. Mais nous nous adaptons au quotidien, l’entreprise étant une entité morale avec une culture propre à elle », assure-t-il.

Sensibilisation :

Face à la multiplication des sociétés  de trading, les Etats optent  pour la sensibilisation. Dans un communiqué en date de mai dernier, la CREPMF tirait qsur la sonnette d’alarme.  Il informait le public que  les appels de ces compagnies étaient des  campagnes frauduleuses de collecte de fonds en violation de la législation en vigueur qui stipule que «  les opérations d’appel public à l’épargne sur le marché financier régional de l’UMOA sont soumises au visa préalable du Conseil Régional ». En conséquence, il déclinait  toute responsabilité quant aux éventuels abus qui pourraient en résulter.

Outre la sensibilisation, les pouvoirs publics optent pour une médiation pour amener les sociétés de trading à cesser cette activité. Ainsi, des rencontres ont été organisées et d’autres sont prévues entre leurs  responsables et  le ministère de l’Economie.

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